Dans l'ombre d'un géant : Smokin Joe Frazier



  • Tout le monde, même les plus désintéressés, connaissent le nom de Muhammad Ali ; ce dernier évoque à lui seul quelque chose de grand, une légende de la boxe. Tout comme le nom de Mike Tyson évoque à tout le monde une image de force et de puissance, celui d’Ali est relié à la grâce, la technique, le talent. Si The Greatest est aujourd’hui considéré comme le meilleur boxeur de tous les temps (et naon sans raison), cela n’implique aucunement qu’il ait été invaincu, bien au contraire…

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    Devenant champion du monde en 1964, Ali domine la catégorie des poids lourds sans être inquiété par le moindre challenger, jusqu’en 1967 où il perd son titre et sa licence par refus de s’engager dans l’armée des Etats-Unis. Le titre vacant, un tournoi est lancé pour décider quel boxeur portera la couronne. C’est à ce moment qu’un jeune boxeur encore invaincu entre en scène et renverse tous ses adversaires : Smokin Joe Frazier, ou en français « Joe le bouillant ».

    Le style de Frazier était semblable à celui de Rocky Marciano : petit (1m80 face à des adversaires mesurant plus de 1m90), comptant davantage sur son endurance et sa puissance d’impact que sur des gestes techniques, Frazier était semblable à une locomotive, ne reculant jamais, ne cessant jamais de frapper, l’affronter était un véritable calvaire pour ses adversaires. En 1968, Frazier écrase toute concurrence et parvient à décrocher le titre mondial. Mais sa victoire lui laisse un goût amer, car il n’a pas vaincu le vrai champion.

    Décidé à gagner le respect qui lui est dû, Frazier se rapproche d’Ali avec qui il finit par devenir très proche ; il fera tout pour que son ami retrouve sa licence de boxe et l’affronte sur un ring. Insistant auprès des autorités, aidant financièrement Ali, Frazier obtient gain de cause et Ali retrouve sa licence.

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    (deux légendes légendaires °_°)

    Mais après avoir retrouvé sa licence, le comportement d’Ali change. Il se met à insulter Frazier d’illettré, d’idiot, de gros sac hideux, d’oncle Tom (un noir au service des blancs), de nègre, de singe… C’était en effet une particularité d’Ali d’insulter ses adversaires dans les médias pour les déstabiliser : il avait posé des pièges à ours dans le jardin de Sonny Liston surnommé « l’ours noir », il avait apporté un panier de carotte à Floyd Patterson qu’il surnommait « le lapin »… L’amitié Ali-Frazier déboucha sur l’une des plus célèbres rivalités de l’histoire de la boxe.

    Pour prétendre à un match contre Smokin Joe, Ali affronte les anciens adversaires de Frazier, et remporte tous ses matchs sans difficulté. Le duel est donc annoncé pour le 8 mars 1971. Cet événement est présenté comme le combat du siècle entre deux champions invaincus, et dont la retransmission tv explosera les records d’audience. Ali est bien évidemment donné gagnant par les parieurs : plus grand, plus technique, plus agile, plus rapide et plus aguerri, Ali n’a aucune raison de perdre contre un adversaire aussi facile, du moins sur le papier.

    Le 8 mars, affublé de chaussures à pompon pour narguer son rival, Ali s’amuse à danser autour de son adversaire, profitant de son allonge supérieure pour lui envoyer des directs sans risquer d’être contré. Mais Frazier avance, esquive, et frappe sans relâche. La petite taille du champion lui permet de passer en dessous des coups d’Ali et de lui envoyer son célèbre crochet du gauche à de multiples reprises. Au fil des rounds, Ali fatigue, ne parvenant pas à trouver l’ouverture face à un Frazier déchaîné et de plus en plus pressant. Prêt à s’effondrer à de nombreuses reprises, Ali tient bon jusqu’au 15ème round, où Frazier lui décoche une gauche légendaire qui fait s’écrouler The Greatest. Bien que réussissant à se relever avant le décompte, Ali perd le combat ; celui qui autrefois était appelé « Ali l’invincible » vient de perdre le combat du siècle.

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    Le crochet le plus célèbre de l’histoire de la boxe

    Après cette victoire, Frazier perdra son titre face à George Foreman en 1972, qui à son tour le perdra contre Ali. Smokin Joe retrouve alors Ali dans un second match qu’il perdra aux points ; puis le rencontrera une troisième fois en 1975 pour le combat le plus violent de l’histoire de la boxe.

    Les deux combattants veulent démontrer une fois pour toute qui est le plus fort des deux, et manquent de s’entretuer sur le ring. Frazier n’est plus considéré comme un adversaire digne d’Ali, vieux, lent, il n’est clairement pas jugé comme un danger pour le champion ; mais encore une fois, il parviendra à renverser les pronostics. Durant le combat, Frazier vise prioritairement le corps de son adversaire, frappe sans relâche les reins, le foie, le plexus, les hanches… A tel point que dès le cinquième round, Ali accuse des bleus sur tout le corps ainsi qu’une grande fatigue (car frapper les organes les empêche de fonctionner, fatiguant ainsi l’adversaire). Ali concentre ses frappes sur le visage de Frazier, à tel point qu’il parvient à le rendre quasiment aveugle au 13ème round.
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    Frazier était borgne, et une fois son seul œil valide fermé par un énorme hématome, il a dû se résoudre à combattre sans voir les coups de son adversaire qui s’est acharné sur lui au 13ème et 14ème round. Entre le 14ème et 15ème round, Ali est au bord de la syncope, respirer lui fait mal et il ne parvient plus à tenir sur ses jambes ; The Greatest veut abandonner. Frazier est quant à lui déterminé à y retourner pour un dernier round, et ce bien que littéralement aveugle ; mais son entraîneur refuse de le laisser reprendre et déclare forfait contre l’avis de son poulain. Muhammad Ali est donc déclaré vainqueur, puis au moment de se lever de son siège, il perd l’équilibre et s’écroule de fatigue. Ce combat marque la fin de carrière de Frazier, qui après une dernière revanche face à Foreman, prendra sa retraite.

    Smokin Joe Frazier était un puncheur d’exception, adepte des esquives plongeantes (complètement suicidaires) et doté d’une volonté sans faille. Un style simple mais physiquement très exigeant, il est l’un des rares à avoir vaincu celui que tout le monde considère comme le meilleur boxeur de tous les temps, et rien que ça, c’est trop la classe !



  • Pas fan de boxe, mais c’était un post instructif.



  • :faim: Je connaissais pas, mais Ali l’a bien cherché à être trop vantard (avec ses pompons aux pieds). 😈

    Thin tu racontes grave bien une histoire de boxe, j’ai pas décroché une seule fois. :wiiii:



  • @beanobecher Comme je te l’ai déjà dit, je suis un trop bon conteur d’histoire :wiiii:

    Bientôt, une nouvelle histoire °_°


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