Citations de vos lectures


  • Le club des vaccinés

    @Marc1756 a dit dans Citations de vos lectures :

    Ne pas l’évoquer aujourd’hui serait taire ce qui va me hanter durant toutes ces années à l’École de danse. Ma vie amoureuse relève d’une intimité qui m’est propre, je l’ai acceptée, mais n’ai jamais voulu la dire, l’exposer, la partager avec le public ni la renier.

    J’imagine que oui. :sleep:



  • @Marc1756 a dit dans Citations de vos lectures :

    « la familia grande s’est terrée. Ancienne et nouvelle fournée se sont déplacées comme un ver. Ç’a bruissé, répété, mais jamais ils ne se sont montrés, ni ne sont venus me parler. Ceux en qui j’avais confiance, ceux qui m’ont quasiment élevée ne sont pas venus s’enquérir de ce qui s’était passé. Je ne les ai pas vus s’interroger. Se demander si eux aussi n’avaient pas un peu merdé. Je n’ai vu personne tenter de nous déculpabiliser, venir nous réconforter.
    Même après la mort de notre mère, leur silence sera notre prison. » (« La familia grande » - Camille Kouchner)

    :mad2:

    Et bien non, ma belle, tu n’es pas le centre du monde ! Tu as gardé le silence sur le crime contre ton frère pendant plus de 30 ans, et quand tu as enfin parlé tu l’as fait de façon feutrée en voulant ménager la chèvre et le chou pour ne pas faire sauter la petite baraque de ton confort affectif. Il aurait fallu qu’on vienne après te câliner, te chouchouter, te border dans ton lit ? Tu le dis toi même, ta mère ne t’a jamais pardonné d’avoir gardé le silence pendant si longtemps. Et maintenant tu viens prendre la France à témoin de ton grand malheur affectif ?

    Je déteste ce livre ! (Que je vais néanmoins terminer) Son côté egocentré-lacrymo-victimaire m’insupporte absolument. Sans compter son style : un mot, un point. Un mot, un adjectif, un point. Un sujet, un verbe, un complément, un point… et rebelote.

    La pédophilie…

    Il y a le tintamarre médiatique actuel qui s’enflamme dès lors que les révélations concernent l’élite de la nation (d’un côté, Camille Kouchner, fille de la plus noble aristocratie républicaine et c’est l’émoi général, de l’autre, Christine Angot, fille de personne, qui racontait la même chose vingt ans plus tôt dans l’indifférence ricaneuse), et puis, il y a… L’art.

    Autant le tintamarre actuel m’exaspère (j’ai dit ci dessus tout le mal que je pense du livre de Camille Kouchner), autant je suis bouleversé par la même question abordée par l’œil de cinéaste de Gregg Araki dans son « Mysterious Skin ».

    La loi s’est saisie de la question, tant mieux. Je dirais simplement que c’est dommage que cela se fasse très tardivement par la vulgarité de textes mals écrits plutôt que par l’influence de l’Art. Mais bon, rien de nouveau, la politique a toujours été un peu comme une prostituée : Quand l’une s’abandonne aux plus offrants, l’autre se donne aux plus gueulards.

    Ils ont tous les deux été victimes du prédateur. L’un servait de rabatteur au pédophile, l’autre, tellement perturbé, était persuadé d’avoir été enlevé par des extra-terrestres. Tous deux sont détruits par cette expérience, incapables de vivre une vie équilibrée. Un soir de Noël, ils se retrouvent et celui qui était la victime la plus « dégourdie », le « rabatteur », raconte la vérité à l’autre victime, « l’amnésique ».

    Rideau.

    On était en 2005.



  • Il a été le « Petit criminel », César du meilleur espoir masculin. Il est parti s’enterrer dans le trou du cul du monde en mode SDF et RSA avec comme compagnons deux paumés comme lui. Est il l’assassin de la postière ? Et pourquoi a t’il disparu en août 2019 alors qu’il était en route pour une confrontation devant la juge d’instruction avec qui l’était possiblement, ce qui l’aurait probablement innocenté. Mystère et boule de gomme…

    Florence Aubenas
    « L’inconnu de la poste »

    « Dans la vallée, on ne voit plus que des militaires et des gyrophares, impossible d’échapper au climat obsédant du crime. Tintin, Rambouille et Thomassin eux-mêmes sont comme tout le monde, hantés par l’affaire. Aucun des trois n’aurait envisagé de rater l’enterrement. « J’irai, avait annoncé Tintin, son visage enfantin et joyeux soudain figé en une expression martiale. Petit déjà, je la connaissais. Ici, on sait ce que le respect veut dire, merde ! » Thomassin avait suivi, au nom de la « solidarité villageoise », et Rambouille ne s’était pas fait prier. Les préparatifs les avaient absorbés des jours. Tintin s’était démené pour exhumer des habits de deuil au fond du placard de son père et ils avaient passé des heures dans la salle de bains, en essayages minutieux. La seule cravate dénichée les avait beaucoup occupés. Fallait-il la mettre ? Et si oui, qui ? Devant les disputes, l’idée avait été abandonnée. Un rationnement des canettes avait été décidé pour ce jour-là : pas plus d’une, avait décrété Thomassin. Bon, d’accord, deux.
    Devant l’église, ils s’étaient promenés au milieu de la foule. Puis, assez vite, Thomassin était reparti chez lui, il avait mal au dos et n’appréciait pas « le discours du prêtre », diffusé par les haut-parleurs.
    La semaine suivante, ou bien celle d’après, ils se sont installés devant un petit verre de blanc ordinaire à soixante-dix centimes chez Fred, au tabac-PMU. Au-dessus de leurs têtes, un écran psalmodie les résultats du Loto et Tintin s’emballe sur le châtiment qu’il réserve au « salopard qui a fait ça ». Il l’attachera à un arbre dans la forêt, entièrement nu. Il sait lequel, un chêne monumental, vers la cabane des chasseurs. Des bouts de carotte seront calés entre ses orteils et au niveau du sexe pour attirer les sangliers, qui le dévoreront. Génial, non ? Dans la vallée, Tintin se révèle un des plus acharnés à découvrir l’assassin. L’idée le transporte. Comme à tous les habitants, ceux de la brigade lui avaient glissé : « Si t’entends parler de quelque chose, tu nous appelles… » Il s’était rengorgé, en se tapant la poitrine : « Comptez sur moi, Tintin détective, made in Montréal-la-Cluse. »
    Ce jour-là, il s’était presque senti un héros. Les trois discutent longuement autour d’une nouvelle tournée. Puis vient le moment où Rambouille se tourne à demi vers Thomassin, c’est devenu une habitude. « Ce serait pas toi ? » Ses lèvres ont à peine bougé, mais ses yeux ne le lâchent pas. Tintin se marre et Thomassin grogne. « Tu dois au moins avoir vu quelque chose », relance Rambouille. Il jubile de voir « la pionne » perdre sa belle humeur. « La pionne », c’est le surnom qu’il donne à Thomassin quand il a le dos tourné. « Moi, je vis à Montréal depuis huit ans, il ne s’est jamais rien passé. Toi, tu débarques, y a un meurtre en face de chez toi. » Thomassin s’énerve : « Tu me présenteras tes excuses si je suis innocent ? » Depuis le crime, Rambouille s’est mis à surveiller l’acteur, discrètement, c’est plus fort que lui. »

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  • Un roman policier pour changer.

    « Code 93 »
    Olivier Norek

    « Arrivée devant l’immeuble du SDPJ 93, la voiture banalisée du Groupe crime 1 emprunta la voie qui menait au parking du sous-sol. Là, ils croisèrent les effectifs de la Section enquêtes et recherches. Cinq grands bonshommes pour la plupart affairés à fouiller dans le coffre de leur véhicule d’intervention, gilets pare-balles enfilés. Ronan s’adressa au premier qui vérifiait la chambre de son fusil à pompe.
    – Vous allez en boîte ?
    – Ouais, y a déjà de l’ambiance, on voudrait pas être en retard.
    – Qu’est-ce qui vous lève si tôt ?
    – Les gars de cité Basse de Noisy-le-Sec ont fait une expédition punitive à la Kalach sur ceux de cité Haute. 105 ogives retrouvées par terre, un seul blessé, au genou en plus. Même pas capables de se buter entre eux. Putain d’amateurs.
    Il cala le fusil entre les deux sièges avant puis ajouta, un peu trop cow-boy :
    – On va rejoindre deux équipes des compagnies d’intervention pour passer la cité au Kärcher.
    – Attention, tu parles aussi mal qu’un président.
    – Casse-toi pauvre con.

    27

    Sam arriva avec les croissants et réveilla Coste, allongé sur le canapé du bureau.
    – T’as dormi ici ?
    – Non, j’ai eu du mal à trouver le sommeil chez moi, je suis venu écouter tourner la ligne de Bébé Coulibaly. J’ai dû m’assoupir.
    – Quelque chose d’intéressant ?
    – Rien. Il a surtout téléphoné à sa mère, comme quoi il fait toujours bon chez maman.
    – Le pauvre, je te rappelle qu’il a perdu ses couilles tout de même. C’est cher payé.
    – Oui, je me demande d’ailleurs ce qu’on a pu lui faire payer pour ce prix-là.
    – Jevric t’a raconté son histoire ? Le type qui s’est fait couper le doigt pour un kil’ de cannabis ? Alors si un doigt égale un kilo de shit, une paire de testicules égale ?
    – Ça a l’air simple, les maths avec toi, tu devrais avoir des gosses, tu les aiderais sacrément pour les devoirs à la maison.
    De Ritter et Ronan entrèrent à leur tour dans le bureau.
    – Vous avez dormi ensemble, les biquets ?» 😊


  • Le club des vaccinés

    @Marc1756

    On dirait du Olivier Marchal (c’est pas un compliment).



  • « Combats et métamorphoses d’une femme »
    Édouard Louis

    « Je ne voulais pas que tu saches qu’à l’école les autres enfants refusaient d’être amis avec moi parce que être l’ami de celui qui était perçu comme le pédé aurait été mal vu. Je ne voulais pas que tu saches que plusieurs fois par semaine deux garçons m’attendaient dans le couloir de la bibliothèque de cette même école pour me gifler et me cracher au visage, me punir d’être ce que j’étais, C’est vrai que t’es une pédale ?
    Je ne voulais pas que tu saches qu’à neuf ou dix ans déjà je connaissais le goût de la mélancolie et du désespoir, que j’étais prématurément vieilli par ces sentiments en moi, que chaque matin je me réveillais avec ces questions dans la tête : pourquoi est-ce que j’étais la personne que j’étais ? Pourquoi est-ce que j’étais né avec ces manières de filles, ces manières que les autres identifiaient, et ils avaient raison, comme la preuve de mon anormalité ? Pourquoi est-ce que j’étais né avec ce désir pour les autres garçons et pas pour les filles comme mon père et mes frères ? Pourquoi est-ce que je n’étais pas quelqu’un d’autre ? La fois où, plusieurs années après tout ça, au cours d’une dispute je t’ai dit que j’avais détesté mon enfance, tu m’as regardé comme si j’étais fou et tu m’as dit : Mais tu souriais tout le temps !
    Comment est-ce que j’aurais pu te reprocher ta réaction ce jour-là, puisqu’elle était en quelque sorte le signe de ma victoire, du fait que j’avais réussi pendant tout ce temps à te maintenir dans l’ignorance de ce qu’était ma vie, et à t’empêcher, au bout du compte, de devenir ma mère ? »



  • Bon bah, après Edouard Louis je vais rester dans l’homosexualité.

    « L’homme de trop »
    Dominique Fernandez.

    C’est parti. 👍

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  • Sacha à Palerme…

    « L’Homme de trop »
    Dominique Fernandez

    « J’avais quarante-quatre ans, lui dix-sept. Quelle vitalité, quelle joie de vivre, malgré les brimades et les humiliations subies ! J’avais fait sa connaissance à Montpellier, lors d’un reportage sur le Refuge d’où je l’avais extrait. Cette maison, aménagée à l’initiative d’une association caritative, recueille, héberge, nourrit, soutient dans leur désarroi et aide à poursuivre leurs études et à trouver un emploi des garçons et des filles victimes, comme lui, du préjugé et de l’intolérance.

    …/…

    Il découvrit le mouvement, l’irrégularité, la dissymétrie, la métamorphose, le trompe-l’œil, l’illusion, la couleur…
    toute cette fantaisie, tout cet éclat, tout ce luxe ne tardèrent pas à le ravir. Il ne mit qu’une semaine à aimer les boursouflures, les outrances où les Français voient du mauvais goût, et leur pingrerie du gaspillage. Vive le superflu, s’il est amour de la vie ! Pourquoi la religion devrait-elle se réduire à des exercices moroses entre des murs nus ? Pourquoi l’art se mettre à la diète ? L’exubérance, l’exagération, la folie ornementale convenaient à cet être de joie si longtemps brimé.
    Il s’y épanouit.
    Un dépliant trouvé à l’hôtel déconseillait aux étrangers trop sensibles la visite des catacombes de San Martino, dédale de couloirs souterrains qui alignent, debout contre les murs, huit mille morts, après qu’une année de dessiccation dans le tuf volcanique les a réduits à des squelettes auxquels on a rendu leurs habits avant de les exposer à la dévotion des familles. La description lui donna envie de descendre dans cette nécropole. Loin de s’effrayer de cette collection de spectres en guenilles défigurés par un rictus qui fendille la peau parcheminée de leur visage creusé de deux trous vides à la place des yeux, il les trouva très drôles, jusqu’à vouloir saisir et pincer un bras – l’os d’un bras. Le squelette choisi portait le froc de bure, le scapulaire et le capuchon d’un franciscain. Le cubitus, qui tenait encore le rosaire, lui resta dans la main. Il le jeta hilare au pied de ce qui restait du moine, entre des côtes et un tibia déjà tombés. Je lus, dans cette bravade, un mélange de sentiments divers : la volonté de narguer les conventions sociales sous lesquelles on avait étouffé sa jeunesse ; un pied de nez à la religion chrétienne dont les préceptes avaient incité sa famille à le renier ; le désir de prouver à ses parents (même s’ils ne le sauraient jamais) que la joie de vivre qu’ils se félicitaient d’avoir tuée en lui pour le punir d’être un objet de scandale était restée intacte au fond de son cœur.
    Le dernier jour, il me demanda si cette mer qu’on aperçoit de partout mais que des grilles séparent de la ville ne présente aucun endroit où nous pourrions nous étendre au soleil et nager. Dans son enfance, on lui avait fait escalader des montagnes, vaincre des pics, exercices jugés profitables à la santé et moralement salutaires, grâce à l’effort qu’ils coûtent ; mais interdit la piscine, où le corps dénudé se relâche sous l’œil de types louches devant lesquels un jeune est sans défense.
    L’autobus nous emmena sur la plage surpeuplée de Mondello, où je louai pour une heure la dernière cabine disponible. Je trouvai un bermuda à ma taille, mais le seul maillot qui restait pour lui était un slip d’enfant. Presque nu sur le sable, allongé, sur mon conseil, à plat ventre, il eût soutenu la comparaison avec les beaux Siciliens, si leur peau bronzée dès le mois de juin ne leur avait donné l’avantage sur son teint étiolé par la réclusion dans le Refuge. Sans ma jalousie, aucun nuage n’aurait troublé ce moment. Je souffrais de le voir exposé au public, moi qu’on devait prendre pour son oncle, et dont semblaient ignorer la présence ceux et celles qui ne se gênaient pas pour mater mon compagnon. Je lui dis, un peu aigrement, de ne pas écarter autant les jambes. Il ne m’en voulut pas d’abréger notre bain. Le retour à Palerme se fit gaiement, dans l’autobus bondé de garçons et de filles qui échangeaient des lazzis… »



  • Yann Moix est un méchant, c’est clair, tout le monde le sait

    Dans « Reims », il raconte que c’est la vie qui l’a rendu méchant parce que personne ne l’aimait.

    Bla-bla-bla…

    Il n’avait besoin de personne pour être méchant, c’était inné : il suffit de lire les sévices qu’il faisait subir enfant à son petit frère, racontés par le petit frère en réaction à la publication de « Orléans » par le grand frère, pour savoir que Yann est méchant depuis toujours, qu’il a ça dans le sang.

    Dans « Reims », il essaie de justifier ce puits de haine qui anime son existence par les vicissitudes de la vie.

    Mais bon, comment le croire ? Qui en pleine crise d’adolescence produirait des dessins profondément antisémites, riant de la Shoah ou se moquant de la faim dans le monde ? Moi, j’en voulais à mes parents, aux vieux, au conformisme, à la société, au cynisme libéral, au capitalisme, mais il ne me serait jamais venu à l’idée de me moquer de la misère des autres et d’en faire le sujet de dessins et d’écrits infâmes. Je ne suis pas assez mauvais pour ça.

    Yann Moix, lui, est mauvais, fondamentalement mauvais, un authentique méchant.

    Dans son livre, il pleure sur ses misères et ça me fait rire. Les méchants qui pleurent sur eux mêmes m’ont toujours fait rire, à mes yeux ils sont des clowns et j’ai pour eux autant de sympathie, de commisération, d’empathie que quelqu’un a pour le poisson rouge qu’il regarde tourner dans son bocal.

    Le pauvre petit Yann a écrit, prétend il dans « Reims », ses insanités antisémites à destination de la belle Sandrine Dirac qui a méprisé ses avances (et on la comprend, non seulement il est méchant mais en plus il est moche ! 😂) Aussi, pour se venger, il lui envoie ses ordures antisémites pour lui dire : « Tu ne m’as pas aimé, et bien au moins, avec ça, tu vas pouvoir me détester ».

    Et bien même pas ! Sandrine n’en a rien à battre ! 😂 (Par contre, 40 ans plus tard, ces saloperies antisémites opportunément revenues à la surface lui coûteront le prix Goncourt qu’il n’aura désormais jamais plus. 👍)

    Sandrine n’en a rien à faire de lui, même devant l’étalage sans fard de sa pourriture humaine ? (« Pourriture humaine » est une expression qu’il utilise parfois pour se qualifier - en pensant certainement que le lecteur va s’écrier dans son fort intérieur : « Mais non !, Mais non ! » quand pour moi, c’est ; « Mais oui ! Mais oui !- 😁 », alors il l’appelle.

    Là encore j’ai beaucoup ri. Le naufrage d’un sale type est toujours un sujet de réjouissances pour moi. ❤️

    « Reims »
    Yann Moix

    « Sandrine Dirac n’avait jamais répondu à ma lettre de cent pages regorgeant de poèmes, de Schtroumpfs déportés et d’Éthiopiens faméliques ; ces dessins, agrémentés de la prose de Pichon…

    (…faux ! La presse a démontré depuis que la prose était également de lui…)

    J’étais décidé à aggraver mon cas. Le soir même, après deux pastis cul sec, j’introduisis ma carte magnétique dans une cabine téléphonique, entendis au bout du fil la voix de Sandrine, l’insultai : « Tu n’es qu’une grosse pute, je voudrais que des clébards t’enculent. Que tu suces la bite d’un doberman. Je souhaite que tu crèves, que ta sœur crève, que ta mère soit décapitée à l’aide d’un couteau de boucher. Ton père, je vais m’en occuper moi-même. Cet impuissant ! Ta mère le trompe, de toute façon. Ta mère fait des pipes dans les locaux à poubelle, c’est une grosse pute comme toi ! Tu ne le savais pas ? Je… » Elle raccrocha. Je rappelai et tombai sur la mère : « Il faut que ça cesse, Yann. Nous allons porter plainte. » Ma réponse fusa : « Je te baise par la bouche toi ma connasse. » Je m’écroulai dans la cabine, tête sur les genoux, beuglant, hurlant, pleurant. Je braillais comme un enfant tout neuf, à peine abîmé, qui allait devoir quitter l’existence sans avoir pu l’enfiler. »

    Pauvre petit chou ! 😁


  • Le club des vaccinés

    @Marc1756 Je t’encule thérèse !



  • @Maléfique a dit dans Citations de vos lectures :

    @Marc1756 Je t’encule thérèse !

    :lol:

    Ça manque effectivement à sa tirade.


  • Le club des vaccinés

    J’ai jamais lu du Moix.


  • Le club des vaccinés

    @Marc1756

    Du coup tu veux pas mettre d’autres extraits de Moix, Marc? Que je me fasse une idée.



  • @Stabban a dit dans Citations de vos lectures :

    @Marc1756

    Du coup tu veux pas mettre d’autres extraits de Moix, Marc? Que je me fasse une idée.

    Je le ferai. :cesara:



  • @Marc1756 a dit dans Citations de vos lectures :

    @Stabban a dit dans Citations de vos lectures :

    @Marc1756

    Du coup tu veux pas mettre d’autres extraits de Moix, Marc? Que je me fasse une idée.

    Je le ferai. :cesara:

    Mieux, je t’ai envoyé le livre “Reims” en pdf sur ta boite de message. :cesara:



  • Houla ! 😮

    Parce que je lis mes amis Facebook, curieux de ce qu’ils aiment, je viens d’entamer du lourd !

    Ça, ce n’est pas de la littérature de gare, c’est une force de volcan qui nécessite une concentration de haut niveau de la part du lecteur.

    Ai-je assez de neurones pour affronter les 3600 pages qui sont devant moi ? 😱

    Après 20 pages, je vais faire une pose avec « France-Hongrie » de football. Face aux chef d’œuvres il faut être organisé et se prévoir une hygiène de vie. 😮

    « Quand notre connaissance du monde s’étend, non seulement la douleur qu’il occasionne diminue mais aussi son sens. Comprendre le monde, c’est prendre une certaine distance par rapport à lui. Ce qui est trop petit à voir à l’œil nu comme les molécules et les atomes, nous l’agrandissons, ce qui est trop grand comme les formations nuageuses, les deltas, les constellations, nous le rapetissons. Nous ne pouvons fixer les choses qu’après les avoir mises à la portée de nos sens et ce que nous avons fixé s’appelle la connaissance. Nous passons toute l’enfance et l’adolescence à nous efforcer de trouver la bonne distance face aux choses et aux phénomènes. Nous lisons, nous apprenons, nous expérimentons, nous rectifions. Et puis arrive le jour où toutes les distances et les systèmes nécessaires sont établis. C’est à partir de là que le temps commence à passer plus vite. Il ne rencontre plus aucun obstacle, tout est établi, le temps traverse nos vies, les jours passent à une vitesse farouche et, avant même de s’en apercevoir, on a quarante, cinquante, soixante ans… Le sens a besoin de plénitude, la plénitude a besoin de temps, le temps a besoin de résistance. La connaissance est distance, la connaissance est stagnation et ennemie du sens. » (« Mon Combat » - Karl Ove Knausgaard)



  • Coming-outs…

    Ouissem Belgacem
    « Adieu ma Honte »
    (En finir avec l’homophobie dans le football)

    « La première à qui je l’annonce est ma sœur Inès, l’aînée de la famille, celle qui m’a toujours protégé, soutenu, chéri, depuis que je suis né, comme une mère. Quand j’étais au centre et que j’avais faim, c’est elle qui m’envoyait des colis de nourriture. Inès est tout pour moi. Une sœur, une amie, un mentor, une femme libre et courageuse à qui je dois d’être l’homme que je suis aujourd’hui. Féministe, indépendante, athée, elle n’a jamais voulu d’enfants et s’est concentrée sur sa carrière. Elle a voyagé sur tous les continents et m’a toujours dit qu’elle était « l’amie des LGBT ». J’aurais pu lui parler de ma sexualité bien avant d’avoir dix-neuf ans, mais je n’étais pas prêt. Comme elle habite à Paris, je lui annonce par téléphone, sans détour : « Je suis gay. » En fait, elle le savait. À une époque où elle avait peur pour moi, elle avait lu des écrits intimes sur mon ordinateur, dans lesquels je parlais en anglais de mon attirance pour les garçons. Elle me dit qu’elle m’aime comme je suis, que ça ne change rien pour elle. Je constate à nouveau que le respect de la vie privée n’est pas une priorité chez les Belgacem, mais je suis surtout heureux de sentir son soutien et je trouve élégant qu’elle ne soit jamais venue forcer ma confession. Je ne doutais pas qu’elle aurait une réaction bienveillante. Avec Terry, ce sera une autre paire de manches. C’est mon premier coming out en personne, c’est beaucoup plus stressant.

    Après deux mois passés à essayer de deviner, alors qu’il vient à peine de laisser tomber, je délivre enfin Terry de l’attente, un soir devant la télé. Je le préviens : « Ce que je vais t’annoncer est énorme, tu t’en doutes pas du tout et c’est pas une blague. » À mon visage crispé, il comprend que je suis sérieux. Terry est d’origine italienne, il aime les femmes, il a une virilité de Méditerranéen, je n’ose pas le lui dire directement. Je contourne le problème : « J’aime pas les femmes. » Il rit, ne me croit pas. Il est vraiment persuadé que je blague : « Mais c’est pas possible, t’es plus viril que moi ! Et je t’ai vu avec des meufs ! » Sa réaction me fait rire et atténue un peu mon stress. Je lui montre un selfie avec Joachim, mon aventure de l’époque, où on s’embrasse. Il hallucine. Le lendemain matin, il me regarde avec un petit sourire en coin, qui ne le quitte pas de la semaine, comme si j’allais lui avouer que c’était faux. Quand il comprend que je ne rigole pas, il réagit avec une amitié sans faille. Il me propose de m’accompagner dans des boîtes homo. Il devient mon allié, presque comme un premier ami gay.

    Avec Mehdi, l’aveu est plus risqué. Toulousain, footballeur de la génération du dessus au TFC, il est musulman et très pieux. Son intelligence, sa bienveillance, son humour, sa mesure ont fait de lui un de mes grands frères dans le foot. Mehdi n’est pas de ceux qui citent des versets de sourate pour donner des leçons ; j’aime son rapport à la religion. C’est important pour moi de révéler ma sexualité à l’un de mes pairs, à quelqu’un qui a baigné dans le même environnement que moi, dans le foot, les cités, la religion, l’homophobie. Il a signé pro quelques années auparavant et joue désormais au Portugal. Je décide de partir deux semaines en vacances chez lui, pour avoir le temps de bien renouer avant de lui annoncer. Un après-midi, au retour de la plage, je lui demande de s’asseoir. Mon préambule est assez court : « Mehdi, je sais que ça va te faire bizarre parce qu’on est musulmans… » Il sent mon sérieux et me regarde avec sérieux lui aussi. « Ça va grave te surprendre, ce que je vais te dire, mais… j’aime les hommes. » Mehdi est quelqu’un de fort et sensible à la fois. Il reste muet. Je me rends compte qu’il a les yeux embués de larmes. « Ouissem, je te considère comme mon petit frère, je t’aime trop, wallah… ça me fait trop de la peine de savoir que tu vas aller en enfer. » Il est sincèrement dévasté. Je déglutis. Je sais qu’il s’en remet au texte, au Coran, je sais que ses larmes sont ferventes et qu’il n’y a aucune méchanceté dans ses mots. Mais ils restent durs à entendre. « Pour ce qui est du paradis ou de l’enfer, si ça te gêne pas, on va laisser Dieu décider… »

    Le week-end avant mon départ, Terry nous rejoint. La tension baisse. Sur la route du retour, à la frontière, on passe par La Jonquera, là où se trouve le fameux Dallas, un club de strip qui regorge de prostituées. Mehdi, qui a toujours du mal à accepter la nouvelle, insiste pour me payer une passe avec l’une d’entre elles. Il se dit que je n’ai peut-être pas eu l’occasion de faire l’amour avec les bonnes femmes. « Je te jure, tu vas kiffer. » Je n’ai aucune envie, mais finis par céder face à son insistance : au moins, il verra de ses propres yeux que je n’ai pas de désir pour les femmes. Dans sa mentalité d’hétéro, c’est inconcevable ; alors, s’il faut aller jusque-là pour qu’il comprenne, je vais le faire. L’homo viril que je suis en est réduit à devoir « prouver » qu’il est gay…

    On arrive au Dallas en plein après-midi. Une fois passée la porte insonorisée, on se retrouve dans une boîte obscure avec une musique forte et des barres de pole dance sans danseuse. J’ai l’impression qu’il est quatre heures du matin. Des filles sexy aux beautés différentes se jettent sur nous. On dirait qu’elles ont été choisies physiquement pour couvrir la gamme de goûts la plus variée qui soit. Je suis très mal à l’aise. On est jeunes, plutôt beaux gosses, sportifs : elles paraissent sincèrement ravies. Tant qu’à faire ce qu’elles font, c’est toujours mieux d’avoir un client attirant. Elles insistent toutes pour qu’on leur paie un verre. Je ne sais pas où me mettre. Je croise le regard de l’une d’entre elles, habillée en blanc. Je sens une connexion immédiate. Mehdi lui donne cinquante euros et je la suis dans une des chambres à l’étage. Elle me dit d’aller me doucher. Je lui réponds que ce n’est pas nécessaire, parce qu’on ne va rien faire tous les deux. Elle affiche une moue de déception – feinte ou non, je ne saurai jamais –, puis on se met à discuter. Elle a un fort accent, elle roule les r. Elle est roumaine, mais elle dit à tous les mecs qu’elle est italienne, parce que roumaine, « ça fait pas rêver ». Je lui raconte que je suis homosexuel, mais que je dis à tout le monde que je suis hétéro, parce qu’homo, dans le foot, « ça fait pas rêver ». Ça me fait du bien de croiser une personne qui ment aussi, qui se cache, qui sait ce que c’est. Je me sens moins seul. Elle a l’air forte. Je ressens de la tendresse, un sentiment de fraternité, je suis content d’avoir croisé son chemin.

    Avant de m’envoler pour les États-Unis, je fais mon dernier coming out, l’un des plus importants, à Ami, ma partenaire de vie devant l’Éternel. Je suis à Paris pour prendre l’avion et lui demande de passer la journée avec moi. Je suis très stressé. Perdre Ami n’est pas une option et, avec elle, on ne sait jamais à quoi s’attendre. En plus, elle connaît bien Ariana… On se balade, on déjeune, on fait une grande marche. L’Hôtel de Ville, Notre-Dame, Saint-Michel, Châtelet… Les heures passent et rien ne sort de ma bouche. Je ne trouve pas le courage, je ne me reconnais pas. Je prolonge le plus possible notre moment ensemble, je la raccompagne chez elle, en Seine-Saint-Denis, en espérant oser enfin. On attend tous les deux sur le quai du RER mon train en direction de Paris. Elle sent que je suis fermé, silencieux, étrange, à l’opposé de ma nature. Une gêne s’installe, qui n’existe jamais d’habitude. Le train arrive. Je l’embrasse rapidement et je monte dans la rame. Le bip de la fermeture des portes retentit et, sans réfléchir, je lui lance, d’un seul coup : « Je suis gay ! » Les portes se referment sur mon aveu, et je vois son visage figé par la surprise, son regard désarmé. Mon train part. Quelle annonce de merde !… Dans le RER, je reçois un SMS que je n’ose pas ouvrir : ça ne lui pose aucun problème. Ouf… Mais un texto n’est qu’un texto. J’espère que notre relation ne changera pas à l’épreuve du réel. »



  • Grindr…

    Ouissem Belgacem
    « Adieu ma Honte »
    (En finir avec l’homophobie dans le football)

    « Deux ans après mon arrivée à Londres, je vis les premières heures de la folie Grindr, cette application de rencontres gays qui utilise la géolocalisation. Elle débarque en Angleterre quelques années après sa création aux États-Unis en 2009, alors que je suis en pleine exploration de ma sexualité. Je le comprends assez vite, il y aura un avant et un après. Comment être sûr, quand on échange un regard avec un homme dans un lieu public, qu’il est bien gay ? Avec l’application, les doutes sont levés, la prise de contact facilitée, et la rencontre instantanée si on le souhaite, ce qui n’était pas aussi vrai avec les sites Internet. Le Smartphone est dans ma poche, toujours à portée de main, l’application reste active, je peux rencontrer quelqu’un en quelques minutes alors que je marche, que je vais au restaurant, que je fais la queue dans un magasin ou pour un concert, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit… Les seules limites seront celles que je me donne à moi-même. Mais si l’application crée des liens, elle en défait aussi : mes amis gays les plus timides ne sortent plus, les autres ont la tête plongée dans leur Smartphone, même quand on est dans un bar.

    Triste conception des rencontres. Pire, les normes ou les obsessions de la culture gay s’expriment crûment dans l’application. Personne n’a honte d’afficher ses critères, de la beauté physique à l’âge ou à la race. Malgré le passé traumatique des homosexuels, les maux qui existent dans la société en général – racisme, jeunisme, grossophobie, etc. – se retrouvent tels quels sur Grindr. Je le constate aussi quand j’utilise l’application en France. « Pas de folles », « pas de plus de quarante ans », « pas d’Asiat », « pas d’Arabes »… Au lieu d’indiquer des préférences, on dénigre l’autre. Combien de fois, parce que je refuse des avances, je reçois en réponse : « Sale bougnoule de merde, tu te prends pour qui ? » Le cumul de la minorité sexuelle et de la minorité raciale n’est pas de tout repos. Parfois, des Blancs m’avouent sans détour vouloir un rapport sexuel, mais pas une relation, car leur famille a déjà du mal à accepter leur sexualité, donc ne parlons pas d’un Arabe ou d’un Noir… Comment peut-on être victime de discrimination et en faire preuve ouvertement ? Les persécutés deviennent souvent bourreaux, je devrais le savoir. Je pensais naïvement trouver dans la communauté LGBT une sorte de bulle protectrice, qui me défendrait contre les agressions extérieures, mais la réalité est bien plus mitigée : je découvre la liberté, la solidarité et l’ouverture, mais je retrouve aussi le racisme, les a priori et les discriminations. »





  • Mohamed Mbougar Sarr

    Il est clair qu’il a du talent le minot sénégalais déjà sélectionné pour tous les grands prix littéraires, dont le Goncourt.

    Le jeune héros du livre a rencontré par hasard dans un bar l’écrivaine sénégalaise sulfureuse, Siga D qu’il’admire. Il l’a abordée avec des phrases convenue qui ennuyaient la dame. Or, peu avant, dans un geste furtif elle avait fait apparaître fugacement un de ses seins, un de ses tétons qu’elle avait abondamment décrit dans sa littérature. Alors… « je jouai mon va-tout et lui parlai de sa poitrine, que je venais de voir et qu’il m’aurait plu de revoir.
    Elle plissa les yeux de surprise, une faille s’ouvrit, je m’y engouffrai : Cette poitrine m’a tant fait rêver, Madame Siga. – Ce que tu as entrevu d’elle te plaît ? dit-elle calmement. – Oui, ça me plaît beaucoup et je veux plus. – Plus ? – Plus. – Pourquoi ? – Parce que je bande. »

    Pour découvrir à plein l’abondante poitrine littéraire, la dame emmène le jeune homme à son hôtel.

    Oui, mais, la « gloire » masculine est chose délicate, psychologique et sensible.

    « Elle entra dans l’ascenseur, un terrible sourire aux lèvres. Notre montée vers le treizième étage fut une douloureuse chute dans ma déconfiture. Le corps de Siga D. avait tout connu, fait, goûté : que pouvais-je lui apporter ? Où l’emmener ? Qu’imaginer ? À quoi jouer ? Ces philosophes qui vantent les vertus inépuisables de l’inventivité érotique n’ont jamais eu affaire à Siga D., dont la seule présence effaçait mon historique d’amant. Qu’entreprendre ? Déjà le quatrième étage. Elle ne sentira rien, elle ne te sentira même pas entrer, ton corps se liquéfiera contre le sien, il coulera et sera absorbé par les draps, le matelas. Septième. En elle, tu ne vas pas seulement te noyer : tu vas disparaître, te désintégrer, te désagréger, elle va t’a.to.mi.ser, et tu dériveras dans le clinamen des matérialistes antiques, celui de Leucippe, de Démocrite d’Abdère (qui n’eut d’égal sur le plan philosophique qu’Empédocle), sans oublier Lucrèce, le noble commentateur d’Épicure le Jouisseur béni dans le De rerum natura. Dixième. L’ennui, le mortel ennui, voilà ce que tu lui promets.
    Il faisait chaud, je transpirais de froid et Siga D. pouvait m’envoyer au vent d’une chiquenaude, d’un souffle, comme un fragile épillet. Je pensai, pour me redonner de la vigueur, à la rabelaisienne tétée à venir, à la poitrine littéraire. Mais cette image, au lieu de m’aider, me plongea dans une plus grande faiblesse : mes mains m’apparurent ridiculement inoffensives et petites devant les seins de l’écrivaine, de fichues mains incapables de désir, des moignons. Quant à ma langue, je ne songeais même pas à l’utiliser : les mamelons poétiques la plombaient déjà. J’étais foutu.
    Treizième étage. La porte de l’ascenseur s’ouvrit, Siga D. sortit sans me regarder, tourna à gauche et, pendant quelques secondes, je n’entendis plus ses pas, qu’absorbait l’épaisse moquette du couloir ; puis il y eut le bruit d’un verrou qui s’ouvrait au contact d’une carte magnétique, avant que ne revienne le silence. J’étais resté dans la cabine de l’ascenseur, où je lâchai enfin les gaz que je retenais depuis le rez-de-chaussée au nom de la dignité. J’hésitai à fuir. Ce n’eût même pas été une fuite, puisque nous savions tous deux que j’avais déjà perdu avant même d’avoir livré bataille. Ce n’eût été, si j’étais parti, que l’issue triste mais prévisible de ma débâcle, le couronnement de ma défaite annoncée. L’ascenseur fut appelé à l’accueil. Les portes commencèrent à se fermer. Je les retins in extremis et sortis, moins mû par le courage que par l’obscur désir de subir une complète déroute. » (« La plus secrète mémoire des hommes » - Mohamed Mbougar Sarr)