🍾 Bonne année ! 🎉

Citations de vos lectures



  • @Stabban a dit dans Citations de vos lectures :

    J’avais jamais lu du Moix, c’est pas terrible

    Quand même ! Lis ce qui suit :

    (« Orléans » - Yann Moix)

    « Dans les travées d’Auchan Saint-Jean-de-la-Ruelle, dans une lumière d’hôpital sous laquelle étaient exposés les biftecks, les paires de chaussettes, les tubes de lait concentré, la lessive et les livres, je me mis à feuilleter mécaniquement un recueil dont les pages étaient pleines d’oasis, de chameaux, de chemins poudreux, de narguilés, de palmiers, d’ânes, de dattiers et de djellabas.

    Occupée à faire ses courses, ma mère, sans le savoir, m’avait laissé en compagnie d’André Gide. Un Gide en sandales et chapeau de paille, un Gide de casbah cuit par le soleil d’Algérie, entouré d’enfants rieurs dévalant des dunes. Je restai ainsi de longues minutes à contempler ces photos d’un autre temps, d’un temps si lointain qu’il semblait plus imaginaire que révolu. J’oubliai Gide, lorsque quelques mois plus tard, relégué au fond d’une classe qui n’était pas la mienne–mes camarades étaient partis sans moi en classe de neige–, le hasard m’avait mis de nouveau face à lui dans « Le Petit Larousse illlustré ».

    J’ignorais encore quel infaillible ascendant l’auteur des « Nourritures terrestres » aurait sur moi ; quelque chose, toutefois, venait de se déclencher : un monde parallèle, où nul ne viendrait m’humilier, un univers inaccessible aux brutes et aux parents, rempli de mystères, de Gide et de mots, m’ouvrait grand les bras. Je m’enivrais jusqu’à la lie des dates de sa naissance et de sa mort ; ces dates me faisaient vaciller de bonheur. 1869, 1951, et tout ce qui se situait entre elles m’indiquait les portes d’une époque où tout ce qui m’intéressait, me concernait, se trouvait (j’entends : se trouvait encore) à ma disposition, sans que jamais je m’en fusse douté. Je pris dès lors cette décision, qui ne me quitterait plus, de descendre en Gide sans reprendre souffle, jusqu’à d’inimaginables profondeurs. Ce n’étaient point des incursions que je décidai de faire dans son œuvre, dans sa vie : mais des retraites. J’allais y passer des séjours entiers, des vacances complètes.

    C’était là désormais que j’habiterais, que je logerais : non pas chez Gide, mais en Gide. Je serais non pas gidien, mais Gide lui-même, ou plutôt une excroissance inédite de Gide–un morceau de Gide disponible, valable, pour mon temps de vie sur terre. Cette chimère ne fut pas vaine : elle m’ouvrit les champs de la littérature. On pouvait donc respirer ailleurs et avoir froid autrement. Je pris la décision irrémédiable de me quitter moi-même, d’abandonner mes vêtements, et jusqu’à mon corps, jusqu’à mon existence, pour ne plus me coucher et ne me lever que dans les livres. À table, dans la voiture, au lit, dans le salon, chez les gens : tremblant, chancelant, absorbé par les romans que partout j’emportais. Je fis feu de tout bois, ne lisant que des œuvres dites « pour adultes ». J’avais pressenti l’escroquerie propre, par exemple, à la Bibliothèque rose (et plus encore à la verte, destinée aux adolescents) : je ne voulais pas de ces artifices puérils à la réputation de « lectures faciles ». Je n’éprouvais de plaisir qu’au contact de la littérature tout court, aux miroitements extraordinaires de la phrase gidienne d’abord (c’est vers elle, sans arrêt, que, comme aujourd’hui, je revenais). Je me fichais bien de savoir si une telle passion pour André Gide représentait, à neuf ans et demi, une hérésie, une ineptie, une incongruité ou une démence : je dévorais les « Nourritures », dont j’appris par cœur des passages–mon favori était celui sur les torrents et les eaux. Je considère toujours qu’il s’agit d’un des plus grands chefs-d’œuvre jamais écrits en langue française.

    Étranger au tohu-bohu, aux claques, aux fessées, aux humiliations dont je ne cessais de continuer à faire (le plus souvent arbitrairement) les frais, je savourais mes Gide à longueur d’heures, de journées, de congés scolaires. J’étais au paradis. Chaque paragraphe, chaque phrase, chaque mot m’éblouissait. Cette prose si nette, bien que riche de lacets, de déliés, de reliefs, de chausse-trappes, me permit un accès définitif à la beauté. Pour moi, depuis lors, ce qui est beau est d’abord ce qui est bien écrit. Je tentai d’imiter mon maître. Ce fut vain et désespérant : mon « style » était entortillé, truffé de verrues. Ne pas parvenir à reproduire cette simplicité, cette étrange façon de dire l’évidence sans lieux communs, me plongea dans un désarroi profond. Alors (je me souviens que pendant ce temps se déroulait la Coupe du monde en Argentine) je me mis stupidement à recopier des pages entières de mon dieu vivant (car Gide, bien que décédé, n’était pas mort) ; le motif que je préférais était « Si le grain ne meurt », dont le titre, par son mystère et son élégance, ne cesserait de me combler. Ne comprenant nullement d’où il sortait, ni surtout ce qu’il signifiait, il me transportait dans ce qu’il convient d’appeler par son nom : la poésie. Il s’agit, à mes yeux, du plus beau titre jamais donné à des Mémoires–et peut-être même à un livre. Toute la journée, comme un fou, je me répétais, marmonnant, « si le grain ne meurt… si le grain ne meurt… », appuyant tantôt sur le « si » et tantôt sur le r de « grain » que je voulais rendre rocailleux… »



  • Mouais, il se regarde beaucoup écrire



  • @Stabban a dit dans Citations de vos lectures :

    Mouais, il se regarde beaucoup écrire

    Tu es injuste. D’une certaine façon, c’est le métier d’un écrivain de se regarder écrire.



  • Un bon narrateur sait disparaître derrière sa création.



  • Dis ça à Marcel Proust ! :mrgreen:



  • Quand le titre d’un roman en forme de message sibyllin s’éclaire dans le livre… C’est un passage que j’espérais et que j’ai eu. 👍

    Le pasteur défaillant s’adresse une dernière fois à ses fidèles :

    « je voudrais vous dire ceci. C’est sans doute l’une des dernières fois que je m’adresse à vous. Je suis venu à Thetford Mines parce que, ailleurs, on ne voulait plus de moi. Et je vais repartir de cette ville pour les mêmes raisons. Par deux fois j’ai fauté. Par deux fois j’ai été chassé. Vous apprendrez sur moi, sans doute, des choses assez déplaisantes. Toutes seront vraies. Et une fois encore je n’aurai rien à dire pour me défendre. Mais sachez que pendant toutes ces années passées ici, je me suis comporté comme un employé dévoué et loyal. Même si ces termes peuvent sembler étranges aujourd’hui. Même si depuis longtemps la foi m’a quitté. Même si prier, pour moi, est devenu chose impossible. Vous aurez bientôt tout le temps et le loisir de me juger et de me condamner. Je vous demande alors de conserver à l’esprit cette phrase toute simple que je tiens de mon père et qu’il utilisait pour minorer les fautes de chacun : “Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon.” Que Dieu, s’il vous voit, vous bénisse. » (« Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon », Jean-Paul Dubois, prix Goncourt 2019)



  • « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon »
    Jean-Paul Dubois
    Prix Goncourt 2019

    Ce livre est il meilleur que le « Soif » de Amélie Nothomb qu’il a coiffé sur le poteau en finale du prix Goncourt ? Pour avoir lu les deux, je n’en suis pas sûr…

    Horton, le colossal prisonnier, vient d’apprendre que sa moto, une Harley Davidson qu’il adore, risque d’être saisie par la justice dans l’affaire qui le concerne. Ivre de colère, il sème tellement le trouble dans la prison que Sauvage, le directeur de l’établissement, le convoque dans son bureau. De retour dans sa cellule, Horton, rasséréné, raconte son entrevue à son co-détenu

    « Trop fort, Sauvage, trop puissant le mec. Tu le crois ça ? Il me fait grimper chez lui, il me demande ce que c’est ce bordel que je mets dans la taule, j’explique mon truc en cinq minutes, il remue la tête, et me dit : “Attends dans le couloir, j’appelle le greffier.” Cinq minutes, même pas cinq minutes après, il me dit : “Voilà, c’est réglé, la “Fat Boy” elle reste chez toi. Ton avocat a rien compris. Alors, maintenant, nous fais plus chier.” Et là, au lieu de me balancer dehors il me fait asseoir, ouais ; Sauvage, il me fait asseoir et tu sais quoi ? Il me parle bécane, tout ça, et je sens que le mec il a l’air de toucher sa bille. Il me pose des questions sur la Fat Boy qui viendraient pas à l’esprit d’un type qui roule en Audi. Et là, d’un coup, il me lâche le truc et me dit que lui il a aussi une Harley, la Softail Slim, ça te dit rien mais c’est une vraie machine de voyou, un engin superbe monté sur des pneus de malade en 140/ 90/ 16. Tu te rends compte le boss, Sauvage himself, qui se les roule en Softail ? Putain quand il m’a dit que pour la mienne c’était réglé je lui aurais roulé une pelle. Alors, après, son histoire sur sa Slim et ses gommes, tu parles, tout ça, c’était que du bonus. Tu peux croire l’histoire ? Le patron en Harley ? Excuse-moi, fils, si ça t’ennuie pas, je vais en démouler un vite fait, ça m’a foutu un mal au bide terrible toutes ces émotions. Et après, si tu veux, je crois que cette fois ça devrait aller, tu pourras me couper les cheveux. »



  • Comment tuer son père ?

    « Comment tout a commencé »
    Philippe Joanny
    Prix du roman gay 2019

    https://www.komitid.fr/2019/11/14/le-prix-du-roman-gay-2019/

    « Annick débouche la bouteille entre ses cuisses, par-dessus ses jupes, comme un homme. Tiens, vas-y bois, qu’elle jette à la face de son mari.
    Gérard la regarde, éberlué.
    À la télé passe cette publicité qui tourne en boucle depuis des années : En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées.
    Ils commencent à nous taper sur le système avec leur rengaine, ronchonne Annick en s’asseyant, si après ça on a pas compris ! Et toi, elle ajoute en se tournant vers Rémi, arrête de balancer tes pieds sous la table. Vous allez me rendre folle à la fin !
    C’est pas la peine de te mettre dans un état pareil, sourit Gérard en remplissant son verre.
    Ah, toi, me cherche pas ! Puis elle demande à l’aîné : Passe-moi le pain, tu veux ? J’ai pas le bras assez long.
    Gérard se met à ricaner.
    C’est la goutte de trop qui la fait craquer : J’en ai marre, marre, marre ! Elle se lève et court dans la cuisine où on l’entend pleurer.
    Le gamin a le cœur serré.

    Je voudrais qu’il meure, avait-il dit.
    À présent que ces mots sont sortis de sa bouche, quelque chose a changé. Il n’est plus le même. C’est comme s’il était passé au travers de l’enfant qu’il est. Quand il y pense, il éprouve un vertige. C’est peut-être fou, mais il espère de tout son cœur la mort de son géniteur. Il prie le ciel pour qu’elle advienne le plus vite possible. Il ne supporte plus de voir sa mère pleurer, il veut la voir rire, qu’elle soit enfin heureuse. Seulement pour ça, il faut d’abord que son père meure. Ce n’est pas normal qu’un enfant de onze ans ait de pareilles pensées, pourtant il n’a pas peur de cette terrible phrase qui tourne en boucle dans sa tête. Il est même résolu à lui régler son sort.
    Il échafaude des plans. Malheureusement les pistes sont restreintes. Le cinéma lui donne quelques exemples, on meurt empoisonné, ou d’une chute dans l’escalier.
    Chez lui, on ne manque pas d’escaliers. Il pense naturellement à celui de la cave. C’est une vraie machine à tuer. La voûte du plafond est tellement basse qu’un adulte est obligé de se baisser. La descente est d’autant plus dangereuse que l’usure a creusé la pierre, les marches sont glissantes. On ne peut pas s’aider de la corde qui sert de main courante, sa prise est molle, elle est trop lâche, ni même se tenir aux parois, les murs sont maculés de salpêtre qui s’effrite sous les doigts, pour un peu on déraperait et on roulerait jusqu’en bas.
    Pousser son père dans l’escalier, le voir dégringoler les marches et finir par terre tout cassé gisant dans une mare de sang ? L’idée est tentante. Sauf qu’il doit se rendre à l’évidence, jamais il n’aura assez de cran pour passer à l’acte. Et comment être sûr qu’il mourrait ? S’il survivait à la chute ? Il n’ose imaginer, c’est son père qui le tuerait. Il en tremble d’avance. Non, l’escalier n’est pas la bonne solution, il faut trouver un autre moyen de se débarrasser du monstre. Le poison, par exemple. La mort-aux-rats. Il se dit que c’est bien, la mort-aux-rats. On peut sûrement s’en procurer à la droguerie, on achète tout et n’importe quoi à la droguerie. Il y en a une sur l’avenue Ledru-Rollin. Ça ne doit pas être cher, il suffirait d’économiser. Pour que le poison soit efficace, il suppose qu’il faudrait doubler, peut-être même tripler les doses, comme font les criminels au cinéma. Il ne sait pas non plus de quelle façon il administrerait le poison, mais il finirait par y arriver, ça ne doit pas être si compliqué.
    Il imagine la fièvre s’emparer de son père. Il deviendrait tout vert et de la mousse coulerait de sa bouche, ce serait dégoûtant. Son agonie durerait probablement plusieurs jours mais il mourrait, ils en seraient enfin débarrassés. La vie sans lui serait tellement meilleure. Il se prend à rêver. Son crime ferait de lui un héros. Ça grésille sous son crâne, ça fourmille dans ses veines, il a le sang qui chauffe, il sent l’excitation monter. Jusqu’au moment où il imagine la police débarquer. Lui, obligé de passer aux aveux, devant sa mère qui le regarderait avec des yeux horrifiés. Ce regard que sa mère poserait sur lui serait trop douloureux. Avec ses yeux, elle lui transpercerait le cœur. Il ne peut pas supporter l’idée de rendre sa mère malheureuse. Son château de cartes s’écroule. Le gamin reste les bras ballants, désœuvré. Il doit se rendre à l’évidence, tuer son père n’est peut-être pas une bonne idée. Il n’a plus qu’à s’en remettre au sort.

    Désormais, tous les soirs avant de se coucher, il dira une prière de plus. Une prière au Petit Jésus pour que son père tombe dans l’escalier.»



  • Mitterrand ou Giscard ?

    Rappelez vous… Enfin pour ceux qui étaient là et étaient en situation de voter.

    Je me souviens, je ne pouvais pas voter directement au deuxième tour, le 10 mai 1981. J’avais demandé à mon père.

    • Papa, est ce que tu pourrais voter pour moi par procuration pour François Mitterrand dimanche prochain ?
    • FRANÇOIS MITTERRAND ??? Jamais de ma vie je ne mettrai un bulletin dans l’urne pour François Mitterrand. Demande à ta mère ! 😂

    Ma mère avait finalement voté François Mitterrand pour moi et Giscard pour elle même. 😊 (Sainte mère. ❤️)

    « Comment tout a commencé »
    Philippe Joanny

    « Je vous jure, j’aurais voté Coluche, soupire Gérard en tirant son paquet de Gauloises de sa poche de poitrine.
    Le père Boulanger recrache la fumée de sa pipe avec un rictus : Je vous comprends, je vous comprends…
    À une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, les discussions politiques vont bon train à la réception de l’hôtel.
    Le gamin traverse le bureau en traînant son caddie, les glaïeuls à la main.
    Gérard tapote une cigarette sur le comptoir, jette un coup d’œil à son fils, puis revient sur Boulanger : Ce Mitterrand je le sens pas, j’ai jamais pu, y a pas plus hypocrite, un vrai faux-cul, ce type est prêt à n’importe quoi pour s’accaparer le pouvoir.
    C’est pas faux, c’est pas faux…, admet l’autre, qui sort son paquet de tabac hollandais et se bourre une nouvelle pipe.
    Non mais franchement, comment faire confiance à un mec qui a été vichyste avant de passer résistant, vous pouvez m’expliquer ?
    Je sais bien, mon pauvre ami, je sais bien, soupire Boulanger en se grattant la nuque. Mais on va quand même pas se cogner encore sept ans de Giscard ?
    Gérard allume sa cigarette et se moque : Cette saleté d’aristo ? Il est foutu, les diamants de Bokassa ont fini de le plomber, jamais il repassera.
    J’espère que vous dites vrai ! En tout cas, j’ai pas envie de courir le risque. Tant pis, pour moi ce sera Mitterrand. De toute façon y a que lui qui peut battre Giscard.
    Gérard pince les lèvres, les yeux sur ses charentaises.
    Vous avez vu les sondages ? insiste le père Boulanger, ils sont à cinquante-cinquante.
    Je sais, je sais…
    Et puis ce programme socialiste, avouez qu’il est pas si mauvais.
    Je dis pas le contraire, reconnaît Gérard. Faire payer les riches, moi ça me va, pour une fois ça changera. Plus de fonctionnaires aussi, très bien… Mais pour le reste, où est-ce qu’il trouvera l’argent ?
    Le père Boulanger fronce les sourcils. En tassant le tabac dans le foyer de sa pipe, il ajoute : Nationaliser les grandes entreprises pour contrôler leur production, vous êtes contre ?
    Bien sûr que non je suis pas contre, ce con veut même nationaliser les banques !
    Boulanger plisse les paupières en signe d’approbation.
    Ouais, mais moi je crois que tout ça c’est du baratin. Un tour de passe-passe pour endormir les foules. Marchais, lui au moins il dit la vérité. Y a que lui pour oser moucher ces pantins.
    Marchais ? s’étonne Boulanger. Il sort son Zippo, allume sa pipe et souffle : Il est pas sérieux…
    Vous rigolez ? C’est un type bien, un gars du peuple, qui défend les travailleurs. En plus il n’a qu’un certificat d’études. Comme moi ! se réjouit Gérard. Rien que pour ça, je lui file ma voix.
    Au même moment Annick traverse le bureau une pile de draps pliés sur les bras : Vous en avez pas marre de parler politique ?
    Boulanger sourit dans un nuage de fumée.
    Derrière le comptoir, Gérard hausse les épaules et secoue la tête : Les bonnes femmes, elles pigent que dalle…
    Dans la rue une sirène se met à hurler, les deux se tournent et voient par la fenêtre un fourgon de police passer devant l’hôtel à toute allure.
    Alors comme ça, reprend Boulanger une fois le calme revenu, vous allez voter Marchais ? Vous êtes sérieux ?
    En tout cas au premier tour, c’est sûr. Après… après on verra.

    Le soir du dimanche 10 mai, la famille est devant la télé pour attendre les résultats. À vingt heures, le portrait de François Mitterrand s’affiche à l’écran sur un fond tricolore. Il est élu président. Gérard exulte, il flanque un coup de poing sur la table, puis va chercher une nouvelle bouteille pour fêter l’événement. On l’entend se gausser dans la cuisine. Annick, la bouche en cul de poule, ouvre des yeux ronds comme des soucoupes, elle a du mal à réaliser. Le gamin, lui, ne connaît rien à la politique mais il a conscience de vivre un moment historique. Il se tourne vers ses parents : Vous avez voté pour lui ? Son père le clame haut et fort, même s’il ne peut pas l’encadrer, au deuxième tour, c’est à Mitterrand qu’il a donné sa voix. Maintenant il espère que ça va changer, il s’exclame le sourire aux oreilles : Tu vas voir ce bordel ! Annick est sceptique. Contrairement à son mari, elle n’a jamais eu de vraies convictions politiques, et préfère rester sur ses gardes. Son fils insiste mais elle s’obstine, gênée, à répéter que ça ne regarde personne, ce qui se passe dans l’isoloir est secret. À force de la tanner, elle finit par le confesser, elle aussi a voté socialiste. Seulement elle tient à le préciser, elle a longuement hésité. D’un revers de main elle ramasse les miettes sur la table, et prévient son mari : Te réjouis pas trop vite, Gérard, tu risques de déchanter. »



  • Ça se passe en 1982 et vous pouvez imaginer l’équivalent aujourd’hui, dans ce climat généralisé de défiance, de rancoeur, de jalousie, de haine de classe et de détestation réciproque dans lequel nous marinons de nos jours. :lecid:

    « Le premier mercredi de ce mois de mars, Gérard lit France-Soir dans la salle commune. À midi pile, on entend la sirène des pompiers hurler. Une bonne odeur de soupe de poireaux flotte dans la maison. On est à quelques jours des élections municipales. Une Gauloise brune au coin des lèvres, Gérard lit ces propos rapportés de Jean-Marie Le Pen : « Quoi qu’on dise, l’immigration a été une mauvaise affaire pour la France sur le plan économique. Les différences fondamentales qui nous séparent de certaines ethnies doivent être prises en compte. Je ne suis pas certain que le bonheur d’un Soudanais consiste à balayer la neige à Lille. » Gérard applaudit en silence, il se marre, les épaules secouées. Puis il tire sur sa cigarette et reprend sa lecture : « Les Français ont, de plus, le sentiment d’être lésés lorsqu’ils se rendent compte qu’ils paient des assurances sociales pour assurer le chômage de nos amis du tiers-monde. Il faut fermer nos frontières. » Gérard se redresse et se laisse aller contre le dossier de sa chaise. Il recrache un nuage de fumée, sourit en hochant la tête. Ce monsieur Le Pen commence à lui plaire. »

    (« Comment tout a commencé » -Philippe Joanny)



  • « Batouala - Véritable roman nègre »
    René Maran
    Prix Goncourt 1921
    (René Maran est le premier écrivain noir à avoir reçu le prix Goncourt)

    Préface (extrait)

    « Ce roman se déroule en Oubangui-Chari, l’une des quatre colonies relevant du Gouvernement Général de l’Afrique Équatoriale Française.
    Limitée au sud par l’Oubangui, à l’est par la ligne de partage des eaux Congo-Nil, au nord et à l’ouest par celle du Congo et du Chari, cette colonie, comme toutes les colonies du groupe, est partagée en circonscriptions et en subdivisions.
    La circonscription est une entité administrative. Elle correspond à un département. Les subdivisions en sont les sous-préfectures. La circonscription de la Kémo est l’une des plus importantes de l’Oubangui-Chari. Si l’on travaillait à ce fameux chemin de fer, dont on parle toujours et qu’on ne commence jamais, peut-être que le poste de Fort-Sibut, chef-lieu de cette circonscription, en deviendrait la capitale.
    La Kémo comprend quatre subdivisions : Fort-de-Possel, Fort-Sibut, Dekoa et Crimari. Les indigènes, voire les Européens, ne les connaissent respectivement que sous les noms de Kémo, Krébédgé, Combélé et Bamba. Le chef-lieu de la circonscription de la Kémo, Fort-Sibut, dit Krébédgé, est situé environ cent quatre-vingt-dix kilomètres au nord de Bangui, ville capitale de l’Oubangui-Chari, où le chiffre des Européens n’a jamais dépassé cent cinquante individus.
    La subdivision de Crimari, ou encore de la Bamba ou de la Kandjia, du double nom de la rivière auprès de laquelle on a édifié le poste administratif, est à cent vingt kilomètres environ à l’est de Krébédgé.
    Cette région était très riche en caoutchouc et très peuplée. Des plantations de toutes sortes couvraient son étendue. Elle regorgeait de poules et de cabris. Sept ans ont suffi pour la ruiner de fond en comble. Les villages se sont disséminés, les plantations ont disparu, poules et cabris ont été anéantis. Quant aux indigènes, débilités par des travaux incessants, excessifs et non rétribués, on les a mis dans l’impossibilité de consacrer à leurs semailles même le temps nécessaire. Ils ont vu la maladie s’installer chez eux, la famine les envahir et leur nombre diminuer.
    Ils descendaient pourtant d’une famille robuste et guerrière, âpre au mal, dure à la fatigue. Ni les razzias senoussistes, ni de perpétuelles dissensions intestines n’avaient pu la détruire. Leur nom de famille garantissait leur vitalité. N’étaient-ils pas des « bandas » ? Et « bandas » ne veut-il pas dire « filets » ? Car c’est au filet qu’ils chassent, à la saison où les feux de brousse incendient tous les horizons.
    La civilisation est passée par là. Et dakpas, maroukas, la’mbassis, sabangas et n’gapous, toutes les tribus bandas ont été décimées…
    La subdivision de Crimari est fertile, giboyeuse et accidentée. Les bœufs sauvages et les phacochères y pullulent, ainsi que les pintades, les perdrix et les tourterelles.
    Des ruisseaux l’arrosent en tous sens. Les arbres y sont rabougris et clairsemés. À cela rien d’étonnant : la sylve équatoriale s’arrête à Bangui. On ne rencontre de beaux arbres qu’au long des galeries forestières bordant les cours d’eaux.
    Les rivières serpentent entre des hauteurs que les « bandas », en leur langue, appellent « kagas ».
    Les trois qui sont les plus rapprochés de Crimari sont : le kaga Kosségamba, le kaga Gobo et le kaga Biga.
    Le premier se dresse à deux ou trois kilomètres au sud-est du poste, et borne, dans cette direction, la vallée de la Bamba. Le Gobo et le Biga sont en pays n’gapou, à une vingtaine de kilomètres au nord-est…
    Voilà, décrite en quelques lignes, la région où va se dérouler ce roman d’observation impersonnelle.
    Maintenant, ainsi que disait Verlaine tout à la fin des « terza rima » liminaires de ses Poèmes Saturniens,
    Maintenant, va, mon livre, où le hasard te mène. »



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  • Avant Facebook, avant Messenger, avant WhatsApp, avant le téléphone et même avant les postes, il y avait le réseau social du son porté par les airs et dit par les tam-tams.

    « Batouala » , prix Goncourt 1921, René Maran (… et mine de rien, on savait écrire en ces temps là)

    « Batouala se dirigea à pas lents vers une hauteur qui dominait sur les plaines environnantes. Il y avait là trois « li’nghas », de grandeur différente. Il s’approcha de ces troncs d’arbre au cœur évidé, ramassa deux maillets qui gisaient à terre et, dans l’air immobile, frappa, sur le plus gros des trois, deux coups espacés, sonores.
    Un grand silence s’établit ensuite, qu’il rompit définitivement de deux autres coups plus secs, plus courts, suivis presque aussitôt d’une pétarade de tam-tams de plus en plus vifs, de plus en plus impérieux, de plus en plus pressés, de plus en plus pressants qui, ralentis et larges, se terminèrent, sans transition, sur le moindre des « li’nghas », en un decrescendo rapide, fortifié soudain par la note finale de l’appel.
    Et voici que, là-bas, là-bas, plus loin que là-bas, et plus loin encore, de toutes parts, à gauche, à droite, derrière lui, devant lui, des bruits semblables, des roulements identiques, des tam-tams pareils grondaient, essayaient de se faire entendre, répondaient à l’appel entendu, les uns faibles, hésitants, voilés, imprécis, les autres compréhensibles et rebondissant d’échos en échos, de « kagas » en « kagas ».
    L’invisible s’animait.
    –Tu nous a appelées, disaient ces rumeurs de tam-tams. Tu nous a appelées…
    –Nous t’avons entendu.
    –Que nous veux-tu ?
    –Nous t’écoutons. Parle.
    Par deux fois, les espaces répétèrent les mêmes notes troubles ou distinctes.
    Lorsque l’horizon eut résorbé la dernière, Batouala leur répondit.
    D’abord des paroles sans force. Elles semblaient dire la torpeur monotone et quotidienne, la solitude que rien n’attriste, que rien n’égaie, la résignation devant le destin, l’impassibilité.
    Les maillets couraient alternativement sur l’un ou l’autre des trois « li’nghas ». Une mélopée naissait d’eux, accablante comme un jour de tornade, avant que ne souffle le « donvorro ».
    Le chant s’épanouit. Sur une brusque interruption, son amplitude augmenta encore. Et toujours, toujours, il montait.
    Batouala, heureux, ruisselait de sueur, mais dansait presque.
    Ses hommes, leurs femmes, leurs enfants, leurs amis, les amis de leurs amis, les chefs dont il avait bu le sang et qui avaient bu le sien, il voulait qu’ils fussent tous présents à la Bamba, dans neuf jours, pour assister à la grande « yangba » qu’on allait y donner à l’occasion de la fête des « Ga’nzas ».
    La saccade des sonorités prévues depuis des saisons de pluies et des saisons de pluies leur promettait merveilles. Il y aurait mangeaille, beuveries, palabres, réjouissances. Il y aurait « yangba », enfin. Non pas une yangba. Mais toutes les yangbas. Non seulement le pas de l’éléphant, la danse des sagaies et celle des guerriers,–mais encore, mais aussi, mais surtout la danse de l’amour, que dansent si bien les sabangas.
    Il y aurait mangeaille et yangba, yangba et beuverie. Aha ! le manioc, les patates, les dazos, les courges, l’igname, le maïs ! Aha ! la bière de mil, les vékés, le piment et le miel, le poisson et les œufs de caïman ! On mangerait de tout cela, et de bien d’autres choses encore ! On boirait de tout cela, et de bien d’autres choses encore ! On boirait et l’on mangerait, au son des olifants et des balafons. Il fallait venir ! Ehein, ehein ! C’était la fête des « Ga’nzas ». On ne procède à la circoncision et à l’excision qu’une fois par douze lunes. Il fallait venir ! Comme on allait rire, yabao ! Comme on allait rire !..
    Les échos débordaient de la joie de ce discours, prolongeaient ses plaisanteries et ses rires.
    Lorsqu’il se tut, une lourde attente pesa, qui ne dura pas longtemps. Car, tout autour de lui, très loin, très loin, comme après son premier appel, la conversation reprenait sur des tam-tams qu’on ne voyait pas. Et, malgré l’éloignement des transmetteurs d’ondes sonores, on saisissait, à chaque fin de phrase, les mêmes notes d’allégresse occulte.
    –Nous t’avons écouté, bien écouté.
    –Nous t’avons entendu et compris.
    –Tu est le plus grand des m’bis, Batouala.
    –Le plus grand des plus grands chefs, Batouala.
    –Nous viendrons. Sûrement, nous viendrons.
    –Et nos amis seront là.
    –Et les amis de nos amis seront là.
    –Bombance !… Yabao ! On va s’amuser !
    –Nous boirons comme des trous.
    –C’est-à-dire comme des blancs.
    –Non, comme de vrais bandas m’bis, parce que les vrais bandas m’bis boivent plus que…
    –On dansera.
    –On chantera.
    –Nous montrerons après aux femmes ce que nous savons faire d’elles.
    –Tu peux compter sur moi…
    –Sur moi…
    –Sur moi…
    –Ouorro…
    –Ohourro…
    –Kanga…
    –Yabi’ngui…
    –Delépou…
    –Tougoumali…
    –Yabada…
    –Tous les m’bis seront là.
    –Tous les n’gapous aussi.
    –Nous viendrons… Nous viendrons…
    –Nous viendrons… Nous viendrons… »



  • Le beau gosse…

    (Ce qui est raconté sur les femmes, Aie, Aie, Aie 😱😱😱)

    « Batouala, véritable roman nègre », René Maran (prix Goncourt 1921)

    « Batouala venait à peine de disparaître dans la direction du confluent de la Pombo et de la Bamba quand Bissibi’ngui, surgissant de la brousse comme un cibissi de son terrier, s’avança vers les femmes de son ami.
    Bissibi’ngui était un jeune homme musclé, plein d’allant, vigoureux et beau, qui trouvait toujours chez Batouala, même en temps de disette, de quoi boire et de quoi manger.
    Le grand mokoundji le tenait, en effet, en particulière affection. Ses femmes aussi. Huit d’entre elles avaient même déjà eu l’occasion de prouver à Bissibi’ngui l’ardeur de l’amitié qu’elles ressentaient pour sa personne.
    Quant à la belle Yassigui’ndja, moins docile aux ordres de celui qui l’avait achetée qu’à ceux de Bissibi’ngui, elle comptait qu’un heureux hasard lui permettrait bientôt de manifester à ce dernier la faim qu’elle avait de lui.
    Une femme ne doit jamais se refuser au désir d’un homme, surtout quand cet homme lui agrée. Tel est le principe fondamental. La seule loi est d’instinct. Tromper son homme n’a donc pas grande importance, ou plutôt n’en devrait pas avoir.
    Il suffit, d’ordinaire, après palabres plus ou moins longues, de dédommager tel qui croit avoir à se plaindre, du préjudice qu’on lui a causé en usant de son bien.
    Quelques poules, deux ou trois cabris, quelques œufs couvés ou une paire de pagnes plus ou moins usagés, et tout est pour le mieux.
    Il fallait malheureusement prévoir qu’il n’en serait pas de même avec Batouala qui était de naturel jaloux, vindicatif et violent. Le cas échéant, on pouvait être sûr qu’il n’hésiterait pas à se fonder sur les plus vieilles coutumes bandas, et à réclamer leur stricte application pour supprimer ceux qui se hasarderaient à rapiner sur ses terres.
    Les ayant acquises au prix des plus lourds sacrifices, il voulait être seul à les ensemencer. Yassigui’ndja ne l’ignorait point. Elle n’ignorait pas non plus que ses huit compagnes la haïssaient cordialement, parce qu’elle était la cheffesse de toutes les femmes des villages relevant de l’autorité de leur mari commun, et, en même temps, sa favorite.
    Il y avait gros à parier qu’elles la dénonceraient, au moindre faux pas, à sa vindicte. Certes, elle se défendrait en les accusant à son tour sans merci. Que sortirait-il en fin de compte de ces accusations et de ces criailleries ? Bien fort, yabao ! qui pouvait le prédire. Elle ne se donnerait donc à Bissibi’ngui que le jour où elle ne courrait pas de risque à le faire.
    Mais comment hâter ce beau jour ? Depuis deux ou trois lunes, Bissibi’ngui espaçait ses visites. Le bel homme, vraiment, que Bissibi’ngui ! Il marchait sur sa vingtième saison de pluies. C’est à ce moment-là que les mâles dignes du nom de mâles traquent les femmes, du matin au soir, comme Mourou, la panthère, l’antilope. Il s’était développé tout à coup, avait pris corps et muscles. Les « yassis » le recherchaient, non lui, elles. Elles célébraient à l’envi la vigueur de ses reins et la fréquence de sa fougue. Bissibi’ngui, leur coq préféré, avait contribué à désunir bien des ménages ! D’où disputes interminables et rixes toujours renaissantes. Tant et si bien que le « commandant », excédé de plaintes, avait fini, certain jour, par le menacer de prison.
    Sa réputation, du coup, avait atteint son apogée. Il n’avait qu’à paraître pour qu’on le fêtât.
    On salua donc d’inextinguibles cris de joie son retour inattendu. On lui demandait le nom des femmes qu’il avait chevauchées depuis qu’il avait quitté la Bamba. Était-il vrai qu’il eût fait connaître à telle ou telle les délices de la petite mort ? Aha ! il s’était juré de taire le nom de ses bonnes fortunes. Soit. Mais on ne lui pardonnerait sa discrétion que s’il contait une de ces belles histoires qu’il savait si bien conter.
    Alors, sans se faire prier davantage, Bissibi’ngui s’allongea sur une natte et leur conta l’histoire de l’éléphant et de la poule…

    D’unanimes félicitations couvrirent la fable que Bissibi’ngui venait de narrer. Puis les brocards reprirent bon train.
    Bissibi’ngui, souriant sans répondre aux plaisanteries qu’on lui décochait, s’empara de la pipe de Batouala, la bourra de feuilles de « ngao » que les blancs, dans leur langue, appellent tabac, et déposa sur elles de la braise.
    Cela fait, il s’accouda sur sa natte et, par petites bouffées courtes, les yeux clignés, il fuma.
    –Bissibi’ngui, mon ami, tu ne fais pas assez attention aux femmes qui s’offrent à toi, lui dit Yassigui’ndja. Un jour, si tu n’y prends garde, tu nous reviendras riche de quelque sale maladie–d’un bon « kassiri », par exemple, qui excelle à tenir chaud même quand il fait froid.
    Ses huit compagnes éclatèrent de rire.
    –Ehé ! éééé…
    –Yabao, cette Yassigui’ndja !
    –Eééé !… Il n’y a qu’elle, vraiment, pour décocher des bons mots.
    Et elles se tapaient bruyamment sur les cuisses.
    –Mais le « kassiri » n’est rien, continuait Yassigui’ndja. Il en sera tout autrement. Bissibi’ngui, mon ami, si tu attrapes « davéké », qui est pire.
    Iche !… Tu t’en iras en tout petits morceaux. D’abord, tu seras tacheté comme Mourou, la panthère. Tu seras horrible à voir, couvert de plaies. Personne ne voudra plus de toi. Ce n’est que plus tard que tu perdras tes dents, tes cheveux, tes doigts, que tu deviendras une pourriture mobile. Rappelle-toi plutôt Yaklépeu, qui est mort il y a… trois, quatre, cinq lunes peut-être.
    Les rires reprirent de plus belle.
    Ils duraient encore lorsque revint Batouala. On lui expliqua sur-le-champ les causes de l’hilarité générale. Il joignit alors ses facéties à celles de ses neuf femmes. Bissibi’ngui mourrait, pour sûr, comme meurent les champignons. La joie atteignit son comble. On se tenait les côtes. On s’administrait réciproquement des plamussades. On se tapait les fesses contre terre. On pleurait convulsivement, à force de rire.
    –Ehéé !… Yaba !…
    –N’Gakourao !… ce Batouala !…
    –Eééééia !…»



  • Nos Rêves de Pauvres
    Nadir Dendoune

    Ce coup ci, pas d’extraits en texte mais un extrait en audio. C’est un livre audio que Canal+ offre chaque mois à ses abonnés par Lizzie. J’utilise ce cadeau pour la première fois et j’ai choisi dans la bibliothèque disponible ce joli titre qui raconte la vie d’une famille algérienne pauvre dans la France des années 70-80.

    Ici, l’auteur raconte ce que représentait le journal “L’Humanité” pour ces gens issus de l’immigration :

    Capture.JPG



  • Retour à Birkenau - Ginette Kolinka
    Rescapée du camp de la mort (95 ans le 4 février prochain).

    retour birkenau.jpg

    Témoignage précieux d’une des dernières rescapées encore en vie des camps de la mort. Soutenue par Marion Ruggieri qui a recueilli sa parole, Ginette Kolinka, se souvient de tout et dans les moindres détails. Survivante miraculeuse de la barbarie nazie, cette amie de déportation de Simone Veil nous transmet une incroyable leçon de vie, à travers un récit poignant et terrifiant qui regarde l’horreur en face pour nous apprendre à ne jamais baisser la garde face à l’inhumanité.


    @ 0:56 - 24/1/2020 - C à Vous (F5)

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Ginette_Kolinka
    Elle est la mère de Richard Kolinka, batteur du groupe Téléphone.



  • Voir aussi :

    ONPC - 01/06/2019