Littérature LGBTQ



  • @Ao a dit dans Littérature LGBTQ :

    @Jackasse Ca me donne envie de reprendre certains projets aussi.

    :wagner:

    Ouais j’ai vu que tu avais relevé un défi d’écriture, imagine si tu mettais tous ces mots dans un roman lesbien, on monterait une maison d’édition, on vendrait nos oeuvres et on deviendrait riches :wagner:

    Et accessoirement on aurait les meufs à nos pieds :wiiii:



  • @Jackasse

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    J’ai mis 107 ans à trouver ce gif :sleep:


  • Présidente du Reboot et des endives

    @Jackasse C’est vrai ça. Généralement, ils connaissent pas mal de références même.

    Concernant l’homosexualité, mes profs sont très intéressants. Là j’ai étudié une tribu indienne à partir de Tristes tropiques de Levi-Strauss, dedans l’homosexualité est considérée comme une activité puérile.



  • @FionSuperstar Tes profs ? Tu étudies quoi ?



  • @FionSuperstar a dit dans Littérature LGBTQ :

    @Jackasse C’est vrai ça. Généralement, ils connaissent pas mal de références même.

    Concernant l’homosexualité, mes profs sont très intéressants. Là j’ai étudié une tribu indienne à partir de Tristes tropiques de Levi-Strauss, dedans l’homosexualité est considérée comme une activité puérile.

    Un bail que j’ai pas entendu parler de Levi-Strauss :lecid: .


  • Présidente du Reboot et des endives

    @Ao La littérature. ;)



  • @Jackasse Tu sais qu’en juillet se tient le salon du livre lesbien ? :hehe:

    https://www.facebook.com/SLL2017/



  • @Ao Tu te fais rare…



  • @Extra Je sais :cryy:



  • “Les Chroniques de San Fransisco”, une saga captivante, avec des personnages de toutes les couleurs du drapeau arc-en-ciel. Ca fait quelques temps que je ne les ai pas lu, mais dans mon souvenir c’était sympa à lire! Il y a aussi la série des “Lauren Laurano” par Sandra Scoppettone, un peu daté mais les enquêtes sont sympa aussi à lire. En farfouillant dans notre bibliothèque j’ai aussi trouvé: “Mathilde, je l’ai rencontré dans un train”, recueil de nouvelles érotiques par Cy Jung, “Le choix de Simon”, que je n’ai pas lu mais qui traite du sujet, et “Dream Boy” de Jim Grimsley, mais il est triste celui-là.



  • @Ao a dit dans Littérature LGBTQ :

    @Jackasse Tu sais qu’en juillet se tient le salon du livre lesbien ? :hehe:

    https://www.facebook.com/SLL2017/

    Han ça me donne envie d’y aller :faim:

    Imagine y’a Geri Hill :wiiii:



  • @Jackasse AHah, ça je ne sais pas. J’y serais bien allée aussi, mais pas là en juillet !

    @Caporal-Valgus Tout plein de choses que je pourrais emmener avec moi dans l’avion :wagner:



  • C’est vrai qu’il est bizarre ce tableau ! :lol:

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    Portrait du duc Guidobaldo II della Rovere
    Par Agnolo Bronzino (1532)

    Dominique Fernandez nous raconte tout :cesara:

    Le jeune duc Guidobaldo della Rovere doit être marié à la fille héritière d’un duché voisin pour que les deux duchés fusionnent en un seul. Simplement, l’héritière a 11 ans et Guidobaldo n’a pas du tout l’intention d’attendre 4 ou 5 pour pouvoir la mettre dans son lit.

    Agnolo Bronzino a été choisi pour faire un portrait officiel de Guidobaldo, portrait qui doit être envoyé au père afin qu’il puisse le présenter à la famille de la future mariée…


    Dominique Fernandez
    "La Société du mystère"

    "—… Ce torse est-il bombé avec assez d’aplomb ?

    —Le torse ne suffit pas, Agnolo. Ce tableau est un message que j’adresse à mon père. Il faut qu’il comprenne que je n’accepte pas d’attendre quatre ou cinq ans avant que ma femme soit nubile. J’ai besoin d’un vrai mariage, et tout de suite, me suis-tu ? Pour qu’il ne garde aucun doute sur ma détermination, peins dans l’échancrure de la cuirasse une énorme braguette, et arrange-toi pour la faire d’une matière et d’une couleur qui tranchent avec la matière et la couleur du métal. Je veux qu’il constate et admette, et que le monde constate et admette avec lui, que ma virilité est trop exigeante pour ne pas réclamer une satisfaction immédiate. Touche, ajouta-t-il, mais touche donc !

    Comme je m’étais reculé, embarrassé, il saisit ma main et la conduisit pour me faire sentir combien son membre était dur et tendu sous l’étoffe. Devant ma mine confuse il éclata de rire.

    —Je m’en doutais ! Ne serais-tu pas un peu bougre, pour avoir peur de ce qui te tente ? Moi, si j’ai envie de toucher une bite [un cazzo], je la touche, ça ne me gêne pas, parce que les bites je m’en fous, crois-moi. Touche, tâte, soupèse, insiste, si ça peut te faire plaisir. Tu n’as rien à craindre ici. Nous n’avons pas de prison pour les gens comme toi. Par les bateaux qui font escale un jour ou deux et repartent plus loin, par ce monde d’hommes qui naviguent privés de femmes –disons plutôt qu’ils ont choisi cette profession par éloignement naturel des femmes –, les mœurs libres propres aux gens de mer et de passage ont atterri depuis longtemps à Pesaro. Cette licence a d’abord choqué mon père. Il pensait établir les mêmes lois que vous avez à Florence. Puis il s’est ravisé, à l’idée que le port d’Ancône, avec lequel nous sommes en rivalité, attirerait le trafic maritime et supplanterait le port de Pesaro dans le commerce avec l’Orient, si nous avions la sottise de contrôler les marins et de les empêcher de vivre comme ils l’entendent. Allons, mets-toi au travail.

    Mort de honte, je dessinai comme je pus une saillie qui me parut déjà passablement emphatique, mais le duc héritier prit le crayon de ma main, en accentua encore le volume, la gonfla, la dilata, la distendit comme une courge et la dressa vers le haut en sorte que la violence de l’érection ne pût être ignorée sous la braguette faite d’un satin très mince et très léger.

    —Bourre à fond l’étoffe, aie l’air de pétrir l’énergie qu’elle comprime, colore-la d’un beau rouge coquelicot, enrichis-la de broderies et d’arabesques d’or, afin de convaincre mon père qu’elle n’abrite pas de trésor auquel son fils attache plus de valeur. Et puis, dit-il dans un nouvel accès de gaieté, Giulia prendra peur de cet engin, et sa mère la duchesse en sera encore plus épouvantée pour sa précieuse greluchonne de fillette.

    Quand le portrait fut achevé, Guidobaldo se recula de trois pas pour l’examiner. Bien que la protubérance, presque aussi longue et volumineuse que le museau du chien de chasse peint à sa hauteur, fût vraiment énorme, il ne la trouva pas disproportionnée. Il s’en montra au contraire ravi et me félicita d’avoir mis entre ses jambes la preuve de ses ambitions.

    —Mon père et le monde seront convaincus. Cette bosse n’est-elle pas plus éloquente que mille discours, exhortations et prières ?

    Il me convoqua de nouveau le lendemain.

    —Le portrait est parti sous escorte pour Venise, afin que mon père interrompe les négociations avec le duc de Camerino et se persuade que je ne me contenterai pas d’un biscuit sec quand j’aspire à un baba à la crème. La question de mon bonheur est réglée. Mais je me fais du souci pour le tien. La sévérité des lois à Florence t’a rendu bien timide, il me semble. Allons, cesse de rougir. Je trouve que tu n’as pas assez profité des facilités que nous t’offrons ici… Justement, une felouque de marins grecs, des gaillards qui seront bien montés, de peau brune et appétissante, vient d’arriver au port. Veux-tu que j’en parle au capitaine de la Douane ? Tu n’as que dix ans de plus que moi. Quand j’aurai ton âge, je ne supporterai pas de rester un seul jour sans obéir aux lois de la nature… Mais peut-être, ajouta-t-il en notant mon embarras, as-tu laissé à Florence quelqu’un qu’il t’en coûterait de trahir ?

    Les marins grecs ayant la réputation d’une extrême brutalité :

    —Oui, votre supposition est bonne, répondis-je, encore tout endolori de mes déboires avec les lansquenets.

    —Comment s’appelle-t-il ?

    Je n’étais pas habitué à des manières aussi franches et directes.

    —Maurizio, balbutiai-je. En réalité, « Maurizio », le garçon avec qui je couchais de temps à autre, sans être uni à lui par aucun lien sentimental ni penser le garder quand j’aurais organisé plus à ma guise mon existence, était un mensonge presque aussi gros que « Adriana ». Guidobaldo comprit tout, mais il feignit de croire que je ne disais que la vérité.

    —Tiens, me dit-il en me remettant une somme plus élevée que celle dont nous étions convenus, tu achèteras un cadeau à ton chouchou. Et, avec un dernier geste de la main, il me cria, comme je m’éloignais :

    —À vos amours !"



  • Dominique Fernandez
    "La Société du mystère"

    Je lis ce livre lentement car il y a tellement de références culturelles sur la peinture, la sculpture, que je passe mon temps à aller voir les photos sur internet et chercher plus d’informations sur Wikipedia…

    Dans le passage ci-dessous, Agnolo Bronzino fait la connaissance du dernier petit minet de Luca Martini, grand mécène des arts, (…et grande tapette qui ne vit qu’entouré de charmants jeunes hommes…) Ce minet s’appelle Pierino da Vinci et il est le neveu de Léonard (déjà décédé à l’époque de l’histoire.) Pierino est un tout jeune sculpteur de talent dont la carrière est boostée par son protecteur. Malheureusement, Pierino est de santé très fragile et il est très malade des bronches.

    Dans ce passage, Dominique Fernandez raconte une idylle entre Agnolo et Perino, qui alterne sexe et promenades dans la ville de Pise où les deux amants échangent leurs sentiments sur l’art. Comme je suis sur “Le Reboot”, j’ai adaptée ma sélection de texte à mon public : je n’ai retenu que la baise ! :lol:

    (Bon, hein, ce n’est pas de la baise estampillée “Marc Dorcel”, c’est de la baise “Académie Française”… :mred: )


    "—Agnolo, tu es donc arrivé !

    À cette pointe de mordant qu’il ne pouvait s’empêcher de mettre dans l’exclamation la plus banale, je reconnus la voix de Luca. Il sortait du palais, accompagné d’un jeune homme qu’il me présenta. Je restai muet et idiot.

    —Serrez-vous la main, dit Luca.

    Il se méprenait sur mon silence, qu’il attribuait à l’émotion de me trouver devant le neveu de l’illustre Léonard.

    Le prestige qui s’attache à un nom oriente d’emblée nos sentiments envers la personne qui le porte : sans doute, mais la stupeur dont je fus pris avait une cause bien plus profonde. Pierino eût été le garçon de course de Luca, que mon saisissement n’eût pas été moindre. Tous les beaux jeunes hommes que j’ai connus –et je ne puis me plaindre qu’ils n’aient pas été nombreux –peuvent se contenter de louanges humaines ; la supériorité de celui-ci, la finesse et l’élégance de ses traits, la noblesse de son port, l’éclat de ses yeux, le dessin de sa bouche, la courbe de ses lèvres outrepassent de si loin les ressources du langage, que l’éloge le plus hyperbolique accuserait la pauvreté des mots […/…]

    […/…] Que la nuit fut longue à venir, et avec quelle hâte impie, adorateur du soleil, je l’invectivais parce qu’il ne quittait pas le ciel assez vite ! Enfin, je m’échappai du palais et courus au rendez-vous. Par le quai et le Borgo Stretto assombris, j’arrivai à la maison d’angle. De quelques bonds au deuxième étage, je n’eus pas besoin de frapper. Pierino m’attendait derrière la porte et m’ouvrit. Il avait préparé deux coupes remplies d’un vin doré.

    —À Dionysos ! s’exclama-t-il.

    —À Dionysos !

    Dédiées au dieu de l’amour et plusieurs fois renouvelées, les libations de ce nectar, aussi délicieux au goût que plaisant de couleur, éteignirent en nous les dernières timidités. Il se rapprocha de mon visage, je tendis mes lèvres. Baisers […/…]

    […/…] Je lui arrachai sa chemise. Il m’entraîna vers la chambre, une statuette de terre cuite se brisa sur le pavement, nous poussâmes du pied les morceaux, il me culbuta sur le lit, nous devînmes dans une minute un seul individu. Une heure ou deux heures s’employèrent à plus de jouissances que je n’en avais jamais goûté avec personne. L’exercice ne fut pas aussi facile pour lui ni sans désagrément temporaire, car il m’avoua qu’il était vierge. Mais de quelle énergie n’était-il pas habité ! Étourdi, épuisé par cette surabondance de volupté, je me déclarai à bout de forces, quand il m’apparut que sa vaillance n’avait pas faibli. Certain indice ne ment pas. En dépit d’une maigreur qui dessinait ses côtes et ses muscles avec une précision anatomique, il gardait de si étonnantes réserves qu’il aurait pu en remontrer à un étalon […/…]

    […/…] Nous fûmes de nouveau l’un à l’autre, sans la violence première. Ce furent des étreintes plus lentes, plus profondes, plus conscientes du bonheur qui nous était échu. Insensiblement, la torpeur succéda à l’effort, l’abandon remplaça les caresses, le sommeil nous sépara. Nos yeux se fermèrent, tandis que nos jambes restaient enlacées […/…]

    […/…] Les jours suivants, je restai enfermé avec Pierino dans la maison d’angle. Trop faible pour sortir, où puisait-il assez d’énergie pour ce que réclamait notre amour ? Chaque rémission de sa maladie fut exploitée sans ménagement. C’était moi à présent qui me montrais insatiable, pressentant que le temps nous était compté. Son état empira. D’interminables quintes de toux terrassèrent ce corps délabré. Sa jeunesse parut fondre dans la violence des spasmes qui le menaient à l’agonie… […/…]"

    Dominique Fernandez
    "La Société du mystère"


    Pierino da Vinci est mort à l’âge de 23 ans.

    On pense que ce tableau de Agnolo Bronzino, dit “portrait de jeune homme”, pourrait être son portait :

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    La sculpture la plus célèbre de Pierino da Vinci (il y en a peu, il est mort si jeune !) est “Le jeune fleuve accompagné de trois enfants”

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  • "La société du Mystère"
    Dominique Fernandez

    Pour contrecarrer le prestige de Rome, Cosimo de Medicis a demandé au grand peintre Florentin, Jacopo Pontormo, de réaliser une fresque monumentale dans le choeur du monastère San Fernando à Florence qui concurrencerait la chapelle Sixtine de Rome.

    Jacopo a carte blanche. Comme la fresque doit être monumentale, Jacopo a demandé a son ancien élève, Agnolo Bronzino, de s’engager a terminer cette fresque, au cas où il viendrait à mourir entre-temps, exactement selon la manière dont lui, Jacopo, l’a voulue. Agnolo promet, sans connaître le projet, même s’il est un peu inquiet sur la santé mentale de son ancien maître.

    Arrive le grand jour où Jacopo permet à Agnolo de franchir la palissade qui masque l’oeuvre en cours de réalisation. Ce qu’Agnolo découvre le stupéfie et l’atterre ! :lol:


    Enfin, je fus admis dans le chœur. Il entrouvrit le portillon, le referma dans mon dos, poussa le verrou. Ce que je vis m’atterra.

    Imaginez un étalage, une bousculade, un foisonnement, une surabondance, une prolifération, une débauche, un déchaînement, une apothéose d’hommes nus, tout nus, embrassés, enlacés, entassés, emmêlés, encastrés, agglutinés, dans les postures les plus lubriques soulignées par les détails les plus scabreux. Comparé à cet amoncellement de chairs exclusivement masculines emboîtées l’une dans l’autre, le Jugement dernier de Michel-Ange, qui les étale sans les rapprocher, paraît aussi bénin qu’un livre d’images pour classes primaires.

    « Résurrection des âmes », cette exhibition de poses indécentes ? « Jugement dernier », ce grouillement d’obscénités anatomiques ? De quel nom appeler une aussi folle bravade ? « Triomphe des… » ? Des queues, oui : je ne trouve pas d’euphémismes pour adoucir ce qui s’exposait si crûment. Il y en avait de toutes les tailles et de toutes les sortes, au repos, flasques, à demi gonflées, toutes raides, tendues, pendantes, dressées, jeunes, vieilles, fripées, debout, repliées au creux du ventre ou volumineuses entre les jambes écartées, molles comme de la flanelle ou dures et glorieuses comme de l’onyx. Le Christ en gloire au centre du chœur, jeune, nu, souriant, ne semblait être cloué sur la croix que pour faire admirer la sienne, à demi bandée. Les glands et les méats, minutieusement fignolés, avaient dû coûter beaucoup d’heures et de peine, en particulier dans la recherche des couleurs, la variété des nuances, du rose vif au rose pâle, du rouge violacé au parme affaibli…

    "La société du Mystère"
    Dominique Fernandez


    Je suis impatient de lire la suite pour voir comment Agnolo s’est sorti de ce merdier afin d’éviter à Jacopo, ainsi qu’à lui-même, de finir sur le bûcher, car, bien évidemment, ce que l’on voit aujourd’hui au monastère de San Lorenzo n’a rien à voir avec cette immense partouze gay à la “Belami” initialement mise en oeuvre par Jacopo ! :lol:



  • Dernier extrait que je publie de ce livre, “La Société du mystère” de Dominique Fernandez…

    L’homosexualité réprimée comme un grand moteur d’inspiration artistique des peintres de la Renaissance ?

    C’est le sens de ce dialogue entre le religieux don Agostino Lupini et le peintre Agnolo Bronzino. Les deux se connaissent de longue date, le religieux ayant été le précepteur du peintre, et ils se parlent à l’occasion des obsèques de Michel-Ange. Don Agostino Lupini vient d’être nommé membre de la “Congrégation de l’index”, autrement dit la censure officielle, et il informe Agnolo que sa censure sera implacable contre toute manifestation évidente de l’homosexualité dans la peinture ; ceci non pour réprimer l’homosexualité en tant que telle mais pour pousser les peintres à la sublimer dans des œuvres à double sens : un sens acceptable pour l’église, un autre pour les initiés. C’est de ces contradictions que naît une œuvre d’art, affirme-t-il, et c’est pour cela qu’il de montrera impitoyable contre toute expression de la médiocrité.


    Interloqué, je me demandai si j’avais bien entendu.

    —Voulez-vous dire, mon Père, qu’une vie de hors-la-loi profite plus à l’œuvre d’art qu’une existence rangée ?

    —Peut-être.

    —Quoi ? Est-il nécessaire de vivre dans le péché pour réussir un tableau ?

    —Dieu me garde d’un tel blasphème ! Mais je constate que Michel-Ange, Jacopo, toi, Alessandro, Benvenuto, qui avez vécu ou vivez au mépris de la loi religieuse et morale, êtes devenus de grands artistes, alors que Vasari, fidèle à la légalité, enfoncé dans le conformisme, n’est resté qu’un exécutant de deuxième zone. L’absence de tout obstacle entrave la création artistique au lieu de l’encourager.

    Après l’instant de silence qu’il me laissa pour digérer ses paradoxes, il reprit :

    —Qu’est-ce que l’art ? me demandais-je, pendant que se déroulaient les obsèques. C’est une construction symbolique. Dire les choses en clair n’est pas d’un grand artiste. Insensés que vous êtes, de réclamer la liberté ! Demandez au contraire qu’on vous tienne encore plus serrés. Protester contre la censure ? Essayer d’assouplir l’opinion ? Vous êtes fous. Sans le pouvoir de la censure, sans la dictature de l’opinion, vous seriez privés de ce qui vous force à vous surpasser. Je vous y obligerai, moi, de mon poste à la congrégation de l’Index. Si je me suis porté volontaire pour cette charge, c’est dans votre intérêt, comprends-tu ? Louvoyer, trouver des voies de traverse, dire sans dire, voilà le moyen d’être fort. Biaise, renonce au sot idéal de l’épanchement. Votre pente, je vous interdirai de la suivre.

    Par sa taille imposante, par sa voix forte et caverneuse, par la conviction dont il était animé, je crus voir dressée devant moi la figure du Grand Inquisiteur.

    —Le mois prochain, reprit-il en frappant le sol de son bâton, tu auras une occasion unique de vérifier ce que je viens de te dire. Le duc Cosimo organise une nouvelle solennité en l’honneur de Michel-Ange. Une de ses statues, qui n’avait pas encore trouvé d’emplacement, va être installée dans le grand salon du Palazzo Vecchio et inaugurée par une harangue du cardinal.

    —Le Moïse, sans doute ?

    —Non, le Génie de la Victoire.

    Grande fut ma stupeur d’apprendre que la statue en question, exposée à cet endroit, servirait d’enseigne à notre ville. En effet, le sculpteur s’est représenté lui-même dans cette statue, et il y prend la plus singulière des postures. On le reconnaît parfaitement, sous les traits de ce vieillard barbu soumis à la domination d’un éphèbe. Il est recroquevillé aux pieds de ce garçon à peine sorti de l’adolescence, qui, dressé de toute sa hauteur, appuie un genou sur son dos et dresse fièrement au-dessus de celui qu’il a réduit à sa merci la splendeur d’une jeunesse et d’une nudité triomphantes. Pour rendre l’œuvre encore plus choquante, le garcon qui surplombe le vieillard terrassé, le vainqueur qui le subjugue de sa beauté et l’humilie par son arrogance, est le portrait craché de Tommaso dei Cavalieri, un de ses derniers amants, plus jeune de quarante ans. Lui aussi, on le reconnaît parfaitement. Comme il est de notoriété publique, Michel-Ange se déclare par cette œuvre l’esclave de Tommaso.

    NB Le génie de la victoire de Michel-Ange

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    —Ce n’est pas possible, dis-je abasourdi, qu’une allégorie aussi criante de la passion et de la servilité amoureuses devienne la vitrine de Florence ! L’écart des âges augmente encore le scandale.

    —Le cardinal a prévu l’objection. La harangue qu’il prononcera devant le duc et la cour circule déjà dans le diocèse, et ce que j’en connais me prouve autant l’intelligence de l’orateur que le génie de Michel-Ange. Son Éminence nous invitera à voir dans cette sculpture la « Victoire de la Foi venant à bout de l’Hérésie », et louera son auteur d’avoir donné à l’Église un gage aussi éclatant de sa loyauté.

    —L’Église ! L’Église ! m’exclamai-je sur le ton de la plus vive indignation, oubliant que don Agostino était un membre éminent du clergé. Vous louez l’intelligence du cardinal ; je l’accuserais plutôt d’hypocrisie !

    —Oh ! tu aurais tort de n’accuser que l’Église. Elle ne sera pas la seule à détourner le sens des statues, des peintures, et à pratiquer la fraude sur les œuvres d’art. Sois sûr que tous les pouvoirs, présents et à venir, qu’ils soient religieux ou laïques, tous les manuels d’histoire de l’art, tous les spécialistes de la sculpture florentine, tous les laudateurs de la Renaissance, tous les professeurs d’université, tous les guides qui conduiront les visiteurs dans le Palazzo Vecchio, tous les pères et toutes les mères de famille continueront à ânonner avec les ducs, grands-ducs, Éminences et souverains pontifes : « Victoire de la Foi venant à bout de l’Hérésie. » Ils s’en tiendront à cette seule interprétation, que Michel-Ange ne récuserait d’ailleurs pas. Elle n’est fausse que parce qu’elle est incomplète. Si tu la prives de son double sens, cette statue, cessant d’être énigmatique, scandaleuse, unique au monde, entre dans le cadre convenu de la Contre-Réforme. Pareille ambiguïté, Michel-Ange l’a voulue. Imagine qu’il se soit permis de montrer plus crûment sa passion pour l’éphèbe, par une étreinte, par un baiser, par un échange de regards, que sais-je ? le résultat eût été une œuvre à sens unique, donc molle, dépourvue de mystère, un banal aveu de sa vie privée, au lieu d’être un miracle, un sommet de la statuaire. Sous le masque d’une image pieuse, à glisser dans le missel des premiers communiants, le message est cent fois plus fort…

    "La Société du Mystère"
    Dominique Fernandez



  • 3 amis d’enfance Rémi, Louis, Julien. La guerre de 40 arrive et les 3 amis, entraînés par l’intrépidité de Louis, font de la résistance. Dans leur univers apparaît un allemand, un caporal de la Wehrmacht, Engel. Entre Julien et Engel, c’est le coup de foudre. Engel risque sa vie pour préserver celle du garçon qu’il aime : Il aide les 3 amis, notamment à faire passer des gens de l’autre côté de la ligne de démarcation. Un jour, par l’intermédiaire d’un mot adressé à Rémi, Engel prévient que Louis, qui a rejoint un réseau structuré de résistance, doit immédiatement quitter Bordeaux car il a été localisé par la Gestapo. Mais… Que vaut la parole d’un allemand, et que vaut la parole d’un homosexuel, fut-il un ami d’enfance ?..

    "A l’ombre de nos secrets"
    Lily Haime

    —C’est le caporal Heinrich qui a laissé ce mot, lui expliquai-je.

    Louis se figea et inclina lentement la tête. Il m’observa avec une forme de suspicion que je ne l’avais jamais vu diriger sur moi. Ça me blessa tellement que je redressai la tête et fis un pas dans sa direction.

    —Tu as quelque chose à me dire ?

    Il s’avança, aussi droit que moi.

    —Comment peux-tu savoir que c’est lui ? m’envoya-t-il. S’il avait voulu nous passer un message, il serait rentré dans ta chambre à toi plutôt que dans celle de Rémi.

    Son ton était si insultant qu’un instant je ne reconnus pas mon ami. Mais après tout, pour l’OCM je n’étais sûrement qu’un traître qui trafiquait ils ne savaient quoi avec l’ennemi. Même si cet ennemi-là avait fait passer Granger de l’autre côté de la ligne de démarcation. Et qu’il ne nous avait jamais dénoncés.

    —Alors c’est comme ça, maintenant ? sifflai-je.

    —J’essaie juste de comprendre, Julien.

    Rémi lui donna un coup si violent à l’épaule qu’il recula.

    —Qu’est-ce qui te prend, Louis, bordel !

    Je ricanai. Moi, je le savais très bien.

    —Je suppose que pour ses nouveaux amis je ne suis qu’un enfoiré de vendu, jetai-je en regardant Louis. Parce que j’ai choisi de faire confiance à un soldat de la Wehrmacht. Et comme si ça ne suffisait pas, il faut qu’en plus je sois un sale pédé. Pourquoi me ferait-il confiance ?

    —Il ne pense pas ça ! s’écria Rémi.

    Mais Louis, lui, ne dit rien du tout. Dans cette guerre, il n’y avait pas la place pour le gris. Il y avait que le noir et le blanc.

    —C’est trop facile, tu ne vois pas ? fit Louis en prenant Rémi à partie. Le caporal Heinrich est parti depuis plus de trois mois. Par miracle, il se pointerait aujourd’hui pour nous prévenir d’un hypothétique danger, et il faudrait le croire ? Pourquoi ? Parce que Julien a envie de se faire câliner par une saloperie de boche.

    Il n’a pas dit ça.
    Il n’a pas pu dire ça.

    Mais ce Louis-là avait changé. Ce Louis-là était un militaire, lui aussi. Il suffisait de voir comment il était habillé. Ce béret sur sa tête, la façon dont il se tenait. La nouvelle cicatrice sur sa joue, souvenir d’un passage raté avec Jean Granger. L’arme qu’il portait en bandoulière.

    —Tu n’es pas bien, Louis ! s’emporta Rémi.

    —Je dis simplement la putain de vérité !

    J’avais l’impression d’être trahi par mon propre frère. Je fusillai Louis d’un tel regard qu’il cligna des yeux un instant. L’espace d’une seconde, il sembla se rappeler de qui j’étais.

    —Tu as mis toute ma famille en danger quand tu as ramené ce connard de Granger à La Jale, l’accusai-je.

    —Je ne t’ai obligé à rien, fit-il, un peu moins assuré qu’avant.

    Ce n’était qu’un mensonge. Il savait très bien.

    D’un coup la colère retomba, balayée par un vent de rancœur qui me fit reculer d’un pas, dégoûté.

    —Ils auraient tous pu être fusillés, murmura Rémi dans sa direction, comme s’il n’en revenait pas de l’entendre dire une chose pareille.

    À quel point la guerre était capable de nous pervertir ?

    —Peut-être que je ne suis plus digne de cette nouvelle confiance que tu ne donnes qu’à tes nouveaux amis, ces connards qui n’hésitent pas à mettre les autres en danger pour sauver leur propre peau. Si j’étais toi je me dépêcherais d’aller les prévenir et je les mettrais à l’abri, ailleurs. Mais en ce qui me concerne, je n’en ai plus rien à foutre.

    Je vis à peine son regard se voiler et sa bouche s’entrouvrir avant de faire demi-tour et de le planter dans cette ruelle avec Rémi. L’écho de leur dispute retentit derrière moi. Je n’eus pas la force de l’écouter. Je tournai à l’angle et m’éloignai, les mains dans les poches et le cœur en miettes…



  • @Britten a dit dans Littérature LGBTQ :

    Entre Louis et Engel, c’est le coup de foudre.

    C’est pas entre Julien et Engel plutôt ? :nerdz:



  • @Fljotavik Oui, oui, tu as raison Antoine, je rectifie ! :cesara:



  • @Britten Du coup je l’ai téléchargé.



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