Quelques réflexions sur la violence



  • La violence, dans notre société civilisée, est considérée comme barbare, indigne, injustifiable et injustifiée, condamnable et condamnée, et ce quelle que soit la personne qui en use. Qu’il s’agisse d’un prof ou d’un élève, d’un CRS ou d’un manifestant, d’un militaire ou d’un civil, l’usage de la violence choque, scandalise, écoeure ceux qui y sont extérieurs.

    Si vous avez lu mon topic sur Bourdieu, vous avez peut-être retenu que la violence symbolique est présente à tous les niveaux de la société, mais la violence physique reste taboue. Et je me suis souvent posé la question « pourquoi ? »

    Prenons l’exemple d’une manifestation, censée représenter le mécontentement et les revendications des participants. Elle préserve sa légitimité tant qu’elle demeure « calme », mais au moindre « débordement » de violence, elle devient objet de critiques et de remise en cause, souvent même à l’intérieur de ses rangs. Une manifestation oui, une révolte naon !

    L’espace social est un espace de luttes, où les classes dominantes (celles qui détiennent l’autorité) imposent des contraintes aux classes dominées. Socialement légitimée (notamment par la loi), l’autorité des classes dominantes permet à celles-ci d’imposer des règles très dures aux classes dominées sans avoir à user de violence. L’exemple le plus typique est le code du travail, sans cesse détricoté pour permettre aux entreprises de retirer toujours davantage de droits et de privilèges aux salariés (temps de pause réduits, heures complémentaires obligatoires, baisse progressive des salaires…). Cela vaut également au niveau politique, où les différentes lois, parfois « injustes » et critiquées, sont validées et appliquées sans que l’Etat ait à les imposer avec violence.

    Mais lorsque les classes dominées (salariés, étudiants…) veulent imposer leur parole, l’autorité qui leur fait défaut les contraint à faire du bruit (tandis que les classes dominantes agissent en silence) en manifestant, en faisant grève… Bref, il leur faut faire violence à l’ordre social. Le plus souvent, les revendications prolétariennes ne sont que bruit, car sans l’autorité détenue exclusivement par les classes dominantes, les classes dominées ne peuvent imposer à ceux qui les dominent, des exigences qui iraient contre leurs intérêts.

    Mais voilà, sur le terrain discursif (débat, négociations…) les classes dominantes imposent toujours leurs exigences, et s’il leur arrive de céder face à la pression populaire, ce ne sont que quelques avantages qui sont concédés (l’idée de présenter un projet de loi aberrant, pour ensuite négocier en retirant les propositions les plus délirantes et faire croire aux différents représentants qu’ils ont gagné les négociations…). Pour parler d’un projet de loi, il faut des compétences, avoir le langage professionnel des hommes de loi (langage sacrément perché je vous le dis), pouvoir et savoir retranscrire dans ce langage les revendications populaires… Choses on ne peut plus difficile quand on fait parti des classes dominées qui ne possèdent pas le capital culturel nécessaire pour tenir tête aux représentants des classes dominantes.

    Alors comment contester ce qui est socialement légitimé ? Il existe bien des manières me direz-vous, mais celle que tout le monde redoute, car c’est la plus incontrôlable, c’est la violence populaire. Violence aveugle qui souvent fait couler le sang, s’attaque aux institutions établies (police, école, lieux publics…), n’épargne personne et ravage tout sur son passage. La violence populaire n’est pas réglementée, et peut donner lieu aux pires agissements, sans qu’aucune loi ne puisse intervenir (la nuit de cristal par exemple, célèbre pogrom à l’encontre des gros pifs).

    Cette condamnation unanime (socialement encouragée) de la violence n’est-elle pas finalement le meilleur des moyens pour les classes dirigeantes de priver le prolétariat de sa meilleure arme ? Toute notre éducation nous pousse à rejeter la violence et à en être scandalisé, tout pousse les classes dominées à penser que leur atout majeur dans le rapport de force avec les classes dominantes, est nuisible et immoral. Pourtant, toute changement véritablement profond dans la société a été le fruit de passages violents et sanglants, comme la révolution de 1789 ou plus récemment les manifestations violentes de mai 1968. La violence, aussi brutale soit-elle, est ce qui permet aux classes dominées de changer « les règles du jeu » instituées par l’ordre dominant.

    Prenons mon cas par exemple : j’aime pas la politique bureaucratique, j’aime pas notre système démocratique, j’aime pas jouer le jeu que les politiciens veulent que je joue. Mais quelles que soient mes opinions, je joue quand même le jeu du système politique, car j’ai beau ne pas voter, j’accepte tacitement le résultat des élections, ce qui de facto valide ces dernières. Ne pas user de violence, c’est se soumettre à l’ordre légitime, aussi injuste et critiquable soit-il. La violence est-elle finalement le salut du prolétariat et de la démocratie face à l’ordre dominant qui, en s’appuyant sur ses privilèges, se permet de rendre la vie du peuple de plus en plus misérable ?


  • Le Club des Vieux

    ALERTE PAVé.



  • @graind-sel a dit dans Quelques réflexions sur la violence :

    C’est le syndrome de Stockholm!

    #mazochisme



  • yep genre s’attacher à son bourreau au point même d’en tomber in love .C’est vraiment compliqué tout ça .sinon toi t’as lu le long test de prostipute ? moi non hein. Donc je sors 🙂


  • Le Club des Jeunes

    :bave: Mouah j’ai tout lu le pavé bien écrit. è_é
    #Winner l’ourson


  • Le Club des Jeunes

    Dans le film avec Dolfy y’disaient “fow un dirigeant qui tient les rennes” comme le papy nouël. :3


  • Le Club des Jeunes

    Perso’ j’avais aussi été confrontée à cette question de la démocratie dans un cours de philo’ avec une chelou. Ben vraiment je pourrai dire que la démocratie à un sens dans ses termes qui ne sont pas appliqués correctement ici (dans notre pays). Tant qu’il y a un dominant (ou plusieurs) il n’y a pas de vraies démocraties, sauf si ce dominant représente le peuple et deal avec lui des accords pour le bien du peuple, et non contre eux ou pour une poignée d’enc…d’élitistes.

    J’avais dans ma rédac’ de philow rappelé que le mot “démocratie” était employé à outrance pour désigner non pas un état démocratique (comme le terme le veut), mais uniquement pour se donner une bonne image. Sauf qu’un Etat qui se veut démocratique par son nom … bah il peut surtout ne pas l’être dans les faits. Démocratie, on le retrouve dans le nom complet de la Corée du Nord, ou de l’Allemagne de l’Est (quand y’avait ce mur dégueulasse). On appelle démocratie un pays que l’on veut présenter comme parfait aux yeux de son peuple et aux voisins, mais une démocratie ne se tient pas à son nom. C’est comme quand Trump il dit qu’il est le type le plus humble et respectueux. Est-ce qu’il applique cela ? è_è
    Ma rédac’ n’avait pas dû plaire puisque je me suis injustement tapé la moyenne, la prof défendait la démocratie sans se poser de question. SAUF que SI tu m’empêche de me poser des questions sur la démocratie, son efficacité, et son intérêt, tu ne respectes pas une part de cette démocratie (la liberté de penser et de s’exprimer). Je ne cherche pas à supprimer activement la démocratie, je ne fais que m’interroger dessus sans me jeter sur la conclusion hâtive : oui c’est bien. C’est bien ? Mais POURQUOI c’est bien. Si tu ne sais même PAS pourquoi la démocratie est si importante, tu la perdras !

    Après, résoudre la violence “douce” ou discrète par de la violence physique pure, ça serait un risque. Suffit de voir la Révolution française : vaincre une injustice par la violence. Ça a mal tourné et qui a gagné la Révolution française que vous fêtez impunément ? Les bourges ! Les types du rang de Voltaire. M’voyez ?


  • Le Club des Jeunes

    Chfé un test, si mon message suivant est censuré c’est qu’on est pas là où on croit être.


  • Le Club des Jeunes

    Macron la cochonne.



  • @beanobecher a dit dans Quelques réflexions sur la violence :

    Perso’ j’avais aussi été confrontée à cette question de la démocratie dans un cours de philo’ avec une chelou. Ben vraiment je pourrai dire que la démocratie à un sens dans ses termes qui ne sont pas appliqués correctement ici (dans notre pays). Tant qu’il y a un dominant (ou plusieurs) il n’y a pas de vraies démocraties, sauf si ce dominant représente le peuple et deal avec lui des accords pour le bien du peuple, et non contre eux ou pour une poignée d’enc…d’élitistes.

    J’avais dans ma rédac’ de philow rappelé que le mot “démocratie” était employé à outrance pour désigner non pas un état démocratique (comme le terme le veut), mais uniquement pour se donner une bonne image. Sauf qu’un Etat qui se veut démocratique par son nom … bah il peut surtout ne pas l’être dans les faits. Démocratie, on le retrouve dans le nom complet de la Corée du Nord, ou de l’Allemagne de l’Est (quand y’avait ce mur dégueulasse). On appelle démocratie un pays que l’on veut présenter comme parfait aux yeux de son peuple et aux voisins, mais une démocratie ne se tient pas à son nom. C’est comme quand Trump il dit qu’il est le type le plus humble et respectueux. Est-ce qu’il applique cela ? è_è
    Ma rédac’ n’avait pas dû plaire puisque je me suis injustement tapé la moyenne, la prof défendait la démocratie sans se poser de question. SAUF que SI tu m’empêche de me poser des questions sur la démocratie, son efficacité, et son intérêt, tu ne respectes pas une part de cette démocratie (la liberté de penser et de s’exprimer). Je ne cherche pas à supprimer activement la démocratie, je ne fais que m’interroger dessus sans me jeter sur la conclusion hâtive : oui c’est bien. C’est bien ? Mais POURQUOI c’est bien. Si tu ne sais même PAS pourquoi la démocratie est si importante, tu la perdras !

    Après, résoudre la violence “douce” ou discrète par de la violence physique pure, ça serait un risque. Suffit de voir la Révolution française : vaincre une injustice par la violence. Ça a mal tourné et qui a gagné la Révolution française que vous fêtez impunément ? Les bourges ! Les types du rang de Voltaire. M’voyez ?

    Ca cey un autre sujet passionnant, pourquoi que la démocratie c’est “bien” ? Bon comme tu l’as dit, un Etat démocratique reste un Etat, avec tout ce que ça implique…

    Après pour le résultat d’une révolution ou d’une révolte, on est d’accord, cey rarement en faveur de ceux qui se font massacrer… Hein monsieur Vladimir Ilitch Lénine :siffle:

    Mais ne confondons pas le principe d’une révolte avec ses conséquences, un problème à la fois ! Mais c’est un fait que j’ai du mal à contester, les dominés n’ont que la violence physique à opposer à la violence symbolique/économique/culturelle/politique des classes dominantes.



  • @graind-sel a dit dans Quelques réflexions sur la violence :

    @prostipute le violence est la disposition d’un être humain à exprimer brutalement ses sentiments; le comportement qui la manifeste.
    “Tantôt on emploie les termes force et violence en parlant des actes de l’autorité, tantôt en parlant des actes de révolte… il faudrait réserver le terme violence pour la deuxième acception; nous dirions donc que la force a pour objet d’imposer l’organisation d’un certain ordre social dans lequel une minorité gouverne, tandis que la violence tend à la destruction de cet ordre. La bourgeoisie a employé la force depuis le début des temps modernes, tandis que le prolétariat réagit maintenant contre elle et contre l’État par la violence” Soral- réflexion sur la violence

    Atta, tu confondrais pas Alain Soral avec Georges Sorel ?



  • @graind-sel a dit dans Quelques réflexions sur la violence :

    @prostipute merci erreur frappe
    georges sorel

    Oh putain tu m’as fait peur ! Mais d’où tu connais Georges Sorel ? J’le kiffe ce mec, si t’as lu son bouquin sur la violence, alors t’as tout compris :wiiii:


  • Le Club des Jeunes

    @prostipute a dit dans Quelques réflexions sur la violence :

    @graind-sel a dit dans Quelques réflexions sur la violence :

    @prostipute merci erreur frappe
    georges sorel

    Oh putain tu m’as fait peur !

    Moi aussi j’ai cru lire autre chose. è_è 😌