Pierre Bourdieu : la sociologie ça troue le Q



  • Alors là les amis, on va s’attaquer à un mastodonte des sciences humaines, un putain de colosse de la sociologie traduit dans quasiment toutes les langues, et qui a tout simplement révolutionné la manière de comprendre l’homme et la société. Cet homme, c’est Pierre Bourdieu (1935-2002)

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    “Hic, alley fais pas ta pute, hic, on s’le partage si tu veux, hic, un verre Bourdieu”

    Y’a tellement à dire sur Bourdieu, alors autant vous prévenir, ça va être long (tellement long que j’ai dû couper mon topic en deux parties puté è_é) et compliqué, la plupart d’entre vous arrêteront de lire avant la fin, et ceux qui y parviendront n’auront probablement pas compris la pensée du bonhomme ; et même si vous pensez avoir compris mais que vous n’êtes pas d’accord avec lui, c’est que vous n’avez pas compris ce qu’il y avait à comprendre, car il ne s’agit pas ici d’être d’accord ou naon avec un discours, mais de comprendre ou de ne pas comprendre la réalité du monde social. Vous trouvez cette phrase un peu trop longue ? Que vous êtes mignons ! Bourdieu lui c’est un pro des phrases à rallonge, composées de parenthèses à l’intérieur de parenthèses, de citations à l’intérieur de citations, de statistiques à n’en plus finir, d’arguments à la pelle qui vous feront perdre le fil de votre lecture, mais qui finalement, après un mal de crâne de tous les diables, vous retourneront tellement la tête que votre vision du monde s’en montrera chamboulée à jamais. Vous en sortirez plus grands, plus aguerris, plus matures et plus fort que jamais. Moins naïfs, vous perdrez votre regard de pucelle sur la politique, l’éducation nationale, la société et l’homme. Ca va faire mal, mais si vous persévérez, vous réaliserez la profondeur de la pensée d’un des plus grands intellectuels du XXème siècle, toute discipline confondue. Bon vu la taille du truc, je me doute que personne d’autre que @BeanoBecher ira lire ça, mais sait-on jamais. Alley, puisqu’il faut bien débuter pour finir, commençons !

    I.) Les différents types de capitaux

    En sociologie, il y a un avant et un après Bourdieu. Avant, la sociologie se basait essentiellement sur les écrits de Marx pour parler de classes sociales. Mais si, vous savez, les prolétaires et les bourgeois ! Ben cette distinction se base sur le capital économique des individus. En fonction de son capital économique, un individu appartient à telle classe plutôt qu’à telle autre, ce qui définit son mode de vie, c’est-à-dire sa vie, donc son capital économique. Le capital économique est à l’origine de tout : l’éducation de l’individu, donc de sa place dans la société, donc de sa vision du monde, donc de la structure de la société. Ben oui, ce sont ceux qui possèdent les capitaux qui structurent la société, puisque ce sont eux qui choisissent quoha construire, comment faire travailler les gens… L’ère médiévale était structurée selon les capitaux économiques : ceux qui les possédaient dirigeaient ceux qui en étaient démunis, et les choses commencèrent à changer en Europe quand le capital économique a cessé d’être l’apanage des classes dirigeantes, c’est-à-dire des seigneurs. Le développement économique des marchands et d’une partie des classes roturières a donné naissance à la bourgeoisie ; cette dernière, une fois dotée de plus de capital économique que la noblesse dirigeante, a commencé à remettre en cause la légitimité d’un ordre social perçu comme ringard et injuste, du simple fait qu’il ne correspondait plus à la répartition réelle du capital économique. Alors oui les marxistes ont toujours tenu un discours stipulant que la répartition du capital économique structurait à lui seul l’espace social, avec des dominants et des dominés, où un grand capital économique assurait aux individus une place de « dominant » dans l’espace social (meilleure considération, meilleure condition de vie…).

    Mais quid de Bourdieu alors ? Eh ben le bonhomme, accompagné de son ami J-C Passeron, déclara que réduire la structuration de l’espace social au seul capital économique était naon seulement faux, mais servait en plus l’ordre dominant (on y reviendra). Bourdieu conçoit l’espace social comme un espace de lutte, et dans cet espace se trouve des classes dominantes et des classes dominées. Mais définir les groupes dominants et dominés uniquement par le capital économique est insuffisant et ne rend absolument pas compte de la réalité du monde social. Notre joyeux luron établit donc différents types de capitaux qui définissent la place d’un individu dans l’espace social :

    • Le capital économique : le revenu et le patrimoine d’un individu
    • Le capital culturel : qu’il soit objectivé et objectivable comme le niveau de diplôme, ou incorporé comme les connaissances et les goûts.
    • Le capital social : les relations d’un individu, s’il entretient des relations avec des individus du même milieu social que le sien…
    • Le capital symbolique : Ce qui concerne la réputation, l’estime des autres…

    Bon le Bourdieu c’est un scientifique, et il se dit que rendre compte scientifiquement des relations d’une personne, ou des objets culturels qu’elle a chez elle ça va être difficile. Parce que les capitaux, il faut pouvoir les mesurer, les quantifier, les comparer… Alors autant avec le capital économique (le revenu) c’est easy, mais pour quantifier le capital symbolique, bonne chance. Bourdieu décide donc de concentrer son analyse sur deux types de capitaux facilement quantifiables : le capital économique et le capital culturel, ce dernier étant mesuré par le niveau de diplôme des individus (niveau BEP, niveau BAC, niveau licence, niveau Master, niveau doctorat…). Alors oui, tout le monde sait que la répartition du capital économique structure la société, mais rares sont ceux qui à l’époque se doutent que le capital culturel la structure tout autant.

    II.) Les goûts et les pratiques

    Alors pourquoi le capital culturel est-il tout aussi important, voire davantage, que le capital économique pour expliquer la structuration de la société ? Ben il suffit de réfléchir à ce qu’implique le niveau de diplôme dans la vie d’un individu. Le niveau de diplôme implique le niveau de revenu d’un individu, ses goûts, sa culture, sa position sociale, sa vision du monde, ses pratiques sportives… Ben voui, un médecin n’a ni les mêmes goûts, ni le même niveau de politisation qu’un salarié de Peugeot qui n’a pas passé son bac. Les individus n’ont pas les mêmes pratiques, ni les mêmes connaissances, ni la même vision du monde selon qu’ils sont plus ou moins diplômés. Alors bien sûr, la pluralité des pratiques et des goûts chez les individus dépend également d’une infinité d’autres facteurs, mais contrairement à tous les autres, le niveau de diplôme a l’avantage d’être objectivable, ce qui est quand même bien pratique quand on veut faire des comparaisons scientifiques.

    Alors oui, si le niveau de diplôme n’explique pas toutes les causes du phénomène, il en rend compte de manière très pertinente, et même plus pointue que ne le ferait le seul revenu d’un individu. Donc Bourdieu y se dit que si l’on s’aide du capital culturel et du capital économique, on peut réussir à rendre compte assez pertinemment de la répartition des pratiques dans l’espace social. Et devinez quoha, ben il a réussi à le faire. Voilà donc une version allégée du diagramme du diable pondu par Bourdieu :

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    Réalisé sur la base de questionnaires portant sur les conditions de vie des individus, ce diagramme de l’enfer rend compte de la répartition des pratiques selon le capital culturel et économique. Pour le comprendre, il suffit par exemple de regarder les pratiques du haut (golf, tennis, dégustation de champagne, équitation, écoute de Bach, Vivaldi…) et de les comparer à celles du bas du diagramme (dégustation de lard, de patate, de bière, pratique du foot, de la pétanque…), pour s’apercevoir que les différentes activités ne sont pas pratiquées par n’importe qui. Sur le plan horizontal, (de gauche à droite, pour les plus demeurés d’entre vous), les pratiques varient en fonction du capital culturel et du capital économique ; et l’on s’aperçoit notamment que parmi les classes dominantes, il y a une véritable scission entre ceux qui possèdent davantage de capital culturel que de capital économique (les profs), et ceux qui possèdent plus de capital économique que de capital culturel (les patrons d’industrie). Lisez bien ce diagramme pour comprendre la répartition des pratiques sociales, et vous verrez que telle catégorie sociale a des pratiques bien particulières, qui la définissent en tant que catégorie sociale.

    Mais que veulent dire les pratiques des individus ? Quel intérêt d’en rendre compte ? Et si ce diagramme montre la répartition des pratiques, il n’apporte aucune explication… Ohlala tout doux, reprenons donc depuis le début. Pour qu’un individu pratique une activité, il ne lui suffit pas d’en avoir les moyens : les bibliothèques sont ouvertes à tout le monde, mais ceux qui s’y rendent ne sont pas n’importe qui, sociologiquement parlant. Les pratiques sont socialement classées et classantes ; l’équitation est classée comme activité raffinée et bourgeoise (qu’irait foutre un prolétaire sur un cheval ? Il n’y a que les bourgeois qui montent sur des chevaux), et classe également les individus qui la pratiquent (monter sur un cheval distingue de ceux qui ne montent pas, donc distingue des pauvres). De fait, un individu appartient toujours à une classe sociale bien déterminée, qui a ses goûts et ses pratiques bien à elle. L’individu subira tout au long de sa vie l’influence de sa classe (il y développera des goûts similaires ou proches), et s’il en vient à pratiquer une activité inhabituelle pour sa classe sociale, le monde social qui l’entoure le lui rappellera (un ouvrier qui lit sera taxé d’intellectuel ou de grosse tête, un bourgeois jouant dans un club de foot se sentira mal à l’aise, n’aura pas les mêmes centres d’intérêt que ses camarades, subira des regards accusateurs…).

    Mais quid du capital culturel ? Eh bien le capital culturel (basé sur le niveau de diplôme pour le diagramme, mais le capital culturel s’étend au-delà de ce qui est quantifiable et objectivable) rend compte de cet agencement, et Bourdieu a insisté sur le rôle classant du capital culturel dans la répartition sociale des individus, notamment visible par la profession des gens, mais aussi par les goûts et les pratiques de chacun.

    Le rapport de force qui existe entre les dominés et les dominants ne se fonde pas uniquement sur la possession de richesses économiques, mais également (et surtout) sur la distinction des goûts et des pratiques culturelles. Si les musées sont ouverts à tous, tous ne les visitent pas. Le dominant se distingue du dominé par la distinction, par le raffinement de ses goûts opposés à la vulgarité du commun. L’homme distingué apprécie ce que le populaire ne peut comprendre, l’homme de goût rejette ce qui est facile, accessible, tape-à-l’oeil, superficiel, primaire, vulgaire, populaire ; il préférera toujours le méconnu, l’exceptionnel, le profond… Ainsi que le dit Bourdieu lui-même « ce qui est vulgaire, c’est ce que l’on rencontre partout, et le posséder n’est ni un mérite, ni un privilège ». Avoir du goût n’est pas à la portée de tout le monde, et les nouveaux riches sont toujours rejetés et déconsidérés pour leur manque de goût et leur vulgarité. Le goût, pour ainsi dire le bon goût, est le privilège des dominants, c’est à eux qu’il revient de définir ce qui est raffiné et ce qui est grossier, et comme les dominants dominent les dominés, leurs goûts sont ceux qu’un dominé devra adopter pour devenir un dominant. Et ainsi que le disait Jiji (clin d’oeil à mon chéri) « Si l’on voit une poignée de puissants et de riches au faîtes des grandeurs et de la fortune, tandis que la foule rampe dans l’obscurité et dans la misère, c’est que les premiers n’estiment les choses dont ils jouissent qu’autant que les autres en sont privés, et que, sans changer d’état, ils cesseraient d’être heureux, si le peuple cessait d’être misérable »

    A retenir :

    « Il n’est donc rien qui distingue aussi rigoureusement les différentes classes que la disposition objectivement exigée par la consommation légitime des œuvres légitimes, l’aptitude à adopter un point de vue proprement esthétique sur des objets déjà constitués esthétiquement, donc désignés à l’admiration de ceux qui ont appris à reconnaître les signes de l’admirable »

    « C’est dire qu’une classe ou une fraction de classe est définie non seulement par sa position dans les rapports de production telle qu’elle peut être repérée à travers des indices comme la profession, les revenus ou même le niveau d’instruction, mais aussi par un certain sex-ratio, une distribution déterminée dans l’espace géographique (qui n’est jamais neutre socialement) et par tout un ensemble de caractéristiques auxiliaires qui, au titre d’exigences tacites, peuvent fonctionner comme des principes de sélection ou d’exclusion réels sans jamais être formellement énoncées (c’est le cas par exemple de l’appartenance ethnique ou du sexe) ; nombre de critères officiels servent en effet de masque à des critères cachés, le fait d’exiger un diplôme déterminé pouvant être une manière d’exiger en fait une origine sociale déterminée »

    « Le petit-bourgeois est celui qui, condamné à toutes les contradictions entre une condition objectivement dominée et une participation en intention et en volonté aux valeurs dominantes, est hanté par l’apparence qu’il livre à autrui et par le jugement qu’autrui porte sur son apparence. Porté à en faire trop par crainte de n’en pas faire assez, trahissant son incertitude et son souci d’en être dans son souci de montrer ou de donner l’impression qu’il en est, il est voué à être perçu, tant par les classes populaires, qui n’ont pas ce souci de leur être-pour-autrui, que par les membres des classes privilégiées qui, sûrs de leur être, peuvent se désintéresser du paraître, comme l’homme de l’apparence, hanté par le regard des autres »

    III.) L’éducation, la reproduction sociale et la violence symbolique

    S’il y a bien un sujet sur lequel s’est penché Bourdieu, c’est l’éducation et ses ressorts. L’éducation ne concerne pas uniquement les savoirs concrets acquis par l’instruction (scolaire ou naon), mais également l’apprentissage des codes sociaux et des normes acquis par un processus long, passif et inconscient. Le corps lui-même apprend : un prolétaire ne se tient pas de la même façon qu’un grand bourgeois, il ne parle pas avec la même intonation, il ne mange pas de la même manière, il n’a pas la même démarche… L’enfant incorpore les règles et les normes sociales (les tabous, la répartition des individus dans l’espace physique et social, le rôle de chacun…), il intègre même les goûts de sa classe, ce pourquoi les pratiques sont classées et classantes. Il en est ainsi pour l’école, qui exige beaucoup des enfants, alors même que ceux-ci ne sont pas également munis en capital culturel. Les enfants des classes dominantes montrent, dans leur globalité, une grande aisance dans l’acquisition des savoirs scolaires ; tandis que ceux des classes dominées semblent peiner pour se hisser au niveau que l’éducation nationale exige d’eux. Ce qu’on appelle l’habitus en sociologie, c’est l’être, ce qu’est un individu (ses goûts, ses dispositions, son savoir…) ; les pauvres ont un habitus très différent de celui des élites, et l’école base ses exigences sur l’habitus des élites, ce pourquoi elle exclut une grande partie des classes les plus pauvres.

    Et Bourdieu il trouve ça étrange, alors en fouillant un peu, il va démontrer, statistiques à l’appui, qu’il existe un phénomène très fort de reproduction sociale : les élites engendrent les futures élites, les pauvres engendrent des pauvres. Un enfant de médecin acquiert sans le savoir les goûts de ses parents, il développe les mêmes affinités pour les études, la même vocation… Qui plus tard lui permettront d’aller à l’université et de vouloir y aller (moyens et volonté rarement partagés par les prolétaires). Ainsi l’école trie les élèves, elle justifie la réussite scolaire des élites par la méritoctratie (l’idée que ceux qui réussissent à l’école le font grâce à leur seul travail), tout en omettant ce phénomène de reproduction sociale consistant à favoriser les individus les mieux pourvus en capital culturel et économique, et à défavoriser ceux qui en sont les plus démunis. C’est ainsi que les élites (médecins, politiques, juristes…) préservent le pouvoir : en tenant éloignées les populations dominées qui viendraient remettre en cause la légitimité de l’ordre social tel qu’il s’est construit au fil des siècles. En leur faisant comprendre que leur place est méritée, l’ordre social fait des populations dominées l’instrument de leur propre domination ; car en intériorisant la légitimité incontestable du système social (le système éducatif par exemple, ou bien le système politique) et en « jouant le jeu », les populations dominées tolèrent, acceptent et perpétuent les inégalités dont elles sont elles-mêmes victimes.

    Comme disait Durkheim, l’éducation consiste à imposer au corps et à l’esprit des habitudes qui ne seraient pas apparues spontanément, pour ne pas dire naturellement. Mais Bourdieu voit plus loin, et décrit l’éducation comme une forme de violence douce et presque insensible, c’est ce qu’il appelle « la violence symbolique ». Cette violence consiste en des remarques, des gestes, des regards qui font comprendre à l’individu qui n’applique pas la ségrégation sociale, qu’il n’est pas à sa place. Un prolétaire qui entre dans une boutique de luxe subit les regards de tout le monde, lui-même se sent mal à l’aise, ne se sentant pas à sa place : le lieu lui-même n’est pas en harmonie avec ce qu’il est ; tout l’incite à partir et à lui faire comprendre que sa place n’est pas ici. Le fait qu’un professeur puisse tutoyer un élève sans que la réciproque soit possible, c’est rappeler à l’enfant que sa place est celle d’un dominé qui doit obéir et se résigner face aux décisions du dominant, donc du prof incarnant l’autorité institutionnelle. Bref, la violence symbolique est subie par tous les individus, tous en sont victimes lorsqu’ils tentent de déroger aux règles, lorsqu’ils cessent de « jouer le jeu ». Un homme qui corrige la diction d’un autre, c’est lui rappeler qu’il ne maîtrise pas la langue, c’est lui faire comprendre qu’il lui est supérieur, c’est l’humilier « gentiment ». Cette violence symbolique est tolérée, acceptée, encouragée et reproduite (consciemment ou naon) par ceux-là mêmes qui la subissent. Ce rappel à l’ordre constant est d’autant plus fort et sensible que le décalage qui existe entre la place d’un individu et celle qu’il est censé occuper est grand. Un jeune noir des cités qui s’amuserait à faire de l’équitation sentira de plein fouet la violence de la situation, et sera recadré naon seulement par les individus présents (avec qui il n’a rien en commun, ni vêtement, ni discussion, ni posture corporelle…) mais aussi par son propre habitus (le sentiment d’être perdu, de ne rien connaître, de ne pas savoir où se mettre ni quoha faire…). L’éducation, en plus d’utiliser cette violence symbolique (un prof qui recadre un élève en lui signalant que sa place n’est pas à la fac par exemple), nous la fait tolérer. En intériorisant les codes sociaux, c’est-à-dire « les règles du jeu », on les prend pour évidentes et naturelles.

    Quant à la violence physique, explicite et visible, elle délégitime l’autorité de celui qui l’exerce. Celui qui doit faire preuve d’une violence démesurée donne à penser qu’il n’a pas l’autorité suffisante pour s’en passer. Un patron qui doit licencier les salariés qu’il ne parvient pas à « mater » ne fait que reconnaître qu’il n’a pas su les diriger ; le professeur qui frappe son élève se donne l’image d’un mauvais prof… La violence physique, de plus en plus condamnée et objectivement de plus en plus rare (les bonnes purges d’il y a 150 ans n’existent plus, cf la commune de Paris) a laissé place à une violence institutionnelle très forte.

    Et vous savez ce qu’il y a de bien avec Bourdieu ? C’est qu’il s’est fait connaître assez récemment dans l’histoire de la sociologie, on peut l’écouter plutôt que de le lire. Alley, une de ses apparitions vidéo les plus marquantes, sur la violence et la censure inhérentes à la télévision (ça vaut vraiment le coup de tendre l’oreille) :

    A retenir :

    « Le vieillissement social n’est pas autre chose que ce lent travail de deuil ou, si l’on préfère, de désinvestissement (socialement assisté et encouragé) qui porte les agents à ajuster leurs aspirations à leurs chances objectives, les conduisant ainsi à épouser leur condition, à devenir ce qu’ils sont, à se contenter de ce qu’ils ont, fût-ce en travaillant à se tromper eux-mêmes sur ce qu’ils sont et sur ce qu’ils ont, avec la complicité collective, à faire leur deuil de tous les possibles latéraux, peu à peu abandonnés sur le chemin, et de toutes les espérances reconnues comme irréalisables à force d’être restées irréalisées »

    « On observe que, lorsque les contraintes externes s’abolissent et que les libertés formelles, droit de vote, droit à l’éducation, accès à toutes les professions, y compris politiques, sont acquises, l’auto-exclusion et la vocation (qui agit de manière négative autant que positive) viennent prendre le relais de l’exclusion expresse »

    « Le noble reste noble même s’il est piètre escrimeur (tandis que le meilleur escrimeur n’est pas noble pour autant), le ‘‘philosophe’’ socialement reconnu et séparé des non-philosophes par une différence d’essence qui peut n’être en rien associée à une différence de compétence »

    « Si, à la façon du coup d’Etat, les violences policières suscitent le scandale, c’est peut-être parce qu’elles menacent la croyance pratique qui fait la force publique, force reconnue comme légitime parce que capable de s’exercer, notamment en ne s’exerçant pas réellement, en faveur de ceux-là mêmes qui la subissent »

    « Etre connu et reconnu, c’est aussi détenir le pouvoir de reconnaître, de consacrer, de dire, avec succès, ce qui mérite d’être connu et reconnu, et, plus généralement, de dire ce qui est, ou mieux, ce qu’il en est de ce qui est, ce qu’il faut en penser, par un dire (ou un prédire) performatif capable de faire être le dit conformément au dire »

    « En décourageant les aspirations orientées vers des objectifs inaccessibles, ainsi constitués en prétentions illégitimes, ces rappels à l’ordre tendent à redoubler ou devancer les sanctions de la nécessité, et à orienter les aspirations vers des objectifs plus réalistes, c’est-à-dire plus compatibles avec les chances inscrites dans la position occupée. Le principe de toute éducation morale s’énonce ainsi : deviens ce que tu es (et ce que tu as à être) socialement, fais ce que tu as à faire, ce qui t’incombe ou t’appartient en propre, véritable devoir-être qui peut appeler au dépassement de soi (’‘noblesse oblige’’) ou rappeler aux limites du raisonnable (’‘ce n’est pas pour toi’’) »

    « Il s’ensuit que des pouvoirs fondés sur la force (physique ou économique) ne peuvent attendre leur légitimation que de pouvoirs qu’on ne peut suspecter d’obéir à la force ; et que l’efficacité légitimatrice d’un acte de reconnaissance (hommage, signe de déférence, manifestation de respect) varie en fonction de l’indépendance, plus ou moins grande, de celui qui l’accorde, agent ou institution, à l’égard de celui qui la reçoit (et aussi de la reconnaissance dont il est lui-même crédité). Elle est presque nulle dans le cas de l’autoconsécration (Napoléon prenant la couronne des mains du pape pour se couronner lui-même) ou de l’autocélébration (un écrivain faisant son propre panégyrique) »



  • IV.) La domination masculine

    Fortement intéressé par les relations de domination (dominés/dominants), Bourdieu s’est également penché sur les condition d’existence des femmes, car même les plus privilégiées font parties de la couche dominée des dominants. Bon après j’vais pas faire long hein, car tout le monde est déjà plus ou moins sensibilisé aux problèmes posés par la domination masculine (culture du viol, misogynie et homophobie banalisées…), mais il est quand même bon de rappeler les bases. Bourdieu a écrit son bouquin à un moment où des intellectuelles féminines (oui ça existe, et je parle pas des bullshit comme Elisabeth Lévy, Natacha Polony ou Caroline Fourest) avaient déjà fait remarquer que les conditions de vie pour les femmes étaient pas très jojo. Donc, plutôt que de redire ce qui a déjà été dit (plutôt que de prendre la parole des dominées, c’est-à-dire prendre la parole aux dominées), il va essayer d’innover.

    A l’époque (en 1998), les femmes ont déjà commencé à se « libérer », on est plus au début du XXème siècle quoha… Mais Bourdieu remarque que cette apparente libération des femmes n’a pas débouché sur une reconfiguration profonde de la société qui est restée basée sur une ségrégation très forte entre hommes et femmes. Les femmes ont gagné le droit de siéger à l’assemblée et de voter ? Youpi, sauf qu’en plus d’être TOTALEMENT sous-représentées (comme les prolétaires) dans le milieu politique, leur rôle est toujours secondaire, représentatif plus qu’actif… Quant au droit de vote, ma foi, Bourdieu avait déjà compris que le droit de vote en lui-même n’était qu’une fumisterie, alors celui des femmes… La femme s’est-elle émancipée en ayant accès au monde du travail ? Mouais, autrefois dépendante de son époux ou de son père, elle devient dépendante de son patron, et chacun sait comment les femmes sont traitées au travail…

    Mais au-delà de ces considérations, la femme est ontologiquement inférieure à l’homme. La société attribue les caractéristiques négatives à la féminité (ce qui est vil, malsain, faible, bas, faux, mesquin…) et les caractéristiques positives à la virilité (ce qui est vertueux, sain, puissant, haut, vrai, droit…) ; c’est ainsi que la société cherche à ôter au jeune garçon toute caractéristique attribuée à la féminité (rompre le lien avec la mère pour s’affirmer en tant qu’homme, demander au garçon d’être fort, déterminé, ambitieux, conquérant…) et fait en sorte que la femme ne se définisse que par rapport à l’homme (vêtements près du corps pour apparaître comme désirable aux yeux des hommes, être discrète et naon-vulgaire pour que l’homme puisse s’affirmer, faire en sorte de ne pas symboliquement dominer son conjoint au niveau de la taille, du poids, de la profession, du niveau d’étude…). Si l’homme existe pour lui-même, la femme n’existe que pour autrui (son père, son mari ou son enfant). Toutes les professions majoritairement féminines sont socialement et symboliquement dominées (service d’aide à la personne, éducation des jeunes enfants, administration…), et lorsque les hommes partagent le même domaine professionnel avec les femmes, ces dernières sont toujours reléguées aux tâches dites ingrates, tandis que les hommes s’accaparent les tâches les plus valorisantes. Dans l’éducation nationale par exemple, l’on trouve les femmes en plus grand nombre dans les classe de primaire, tandis que les hommes sont plus nombreux à la faculté ; dans l’administration, les postes les plus gratifiants (à responsabilité) sont majoritairement occupés par des hommes… Dès qu’une activité, même « féminine » est pratiquée par des hommes, elle devient sérieuse justement parce qu’elle est pratiquée par des hommes. La femme délégitime le sérieux d’une profession ou d’un discours…

    C’est d’ailleurs ce qui a été reproché à Bourdieu ; surfant sur les analyses « féministes », on lui a reproché de reprendre le discours des femmes pour le rendre « digne d’intérêt » ; prendre la parole pour les femmes, c’est prendre la parole des femmes, car si un homme s’exprime, l’on entendra que lui…

    A retenir :

    « La force de l’ordre masculin se voit au fait qu’il se passe de justification : la vision androcentrique s’impose comme neutre et n’a pas besoin de s’énoncer dans des discours visant à la légitimer. L’ordre social fonctionne comme une immense machine symbolique tendant à ratifier la domination masculine sur laquelle il est fondé : c’est la division sexuelle du travail, distribution très stricte des activités imparties à chacun des deux sexes, de leur lieu, leur moment, leurs instruments ; c’est la structure de l’espace, avec l’opposition entre le lieu d’assemblée ou le marché, réservés aux hommes, et la maison, réservée aux femmes »

    « On constate ainsi que les femmes françaises déclarent, à une très large majorité, qu’elles souhaitent avoir un conjoint plus âgé et aussi, de manière tout à fait cohérente, plus grand qu’elles, les deux tiers d’entre elles allant jusqu’à refuser explicitement un homme moins grand. Que signifie ce refus de voir disparaître les signes ordinaires de la hiérarchie sexuelle ? Accepter une inversion des apparences […]c’est donner à penser que c’est la femme qui domine, ce qui (paradoxalement) l’abaisse socialement : elle se sent diminuée avec un homme diminué »

    « Outre que l’homme ne peut sans déroger s’abaisser à certaines tâches socialement désignées comme inférieures (entre autre raisons parce qu’il est exclu qu’il puisse les accomplir), les mêmes tâches peuvent être nobles et difficiles, quand elles sont réalisées par des hommes, ou insignifiantes et imperceptibles, faciles et futiles, quand elles sont accomplies par des femmes ; comme le rappelle la différence qui sépare le cuisinier de la cuisinière, le couturier de la couturière, il suffit que les hommes s’emparent de tâches réputées féminines et les accomplissent hors de la sphère privée pour qu’elles se trouvent par là même ennoblies et transfigurées »

    « La définition de l’excellence est, en toute matière, chargée d’implications masculines qui ont la particularité de ne pas apparaître comme telles. La définition d’un poste, surtout d’autorité, inclut toutes sortes de capacités et d’aptitudes sexuellement connotées : si tant de positions sont si difficiles à occuper pour des femmes, c’est qu’elles sont coupées sur mesure pour des hommes dont la virilité s’est elle-même construite par opposition aux femmes telles qu’elles sont aujourd’hui. Pour réussir complètement à tenir une position, une femme devrait posséder non seulement ce qui est explicitement exigé par la description du poste, mais aussi tout un ensemble de propriétés que leurs occupants masculins importent d’ordinaire dans le poste, une stature physique, une voix, ou des dispositions comme l’agressivité, l’assurance, la distance au rôle, l’autorité dite naturelle, etc, auxquelles les hommes ont été préparés et entraînés tacitement en tant qu’hommes »

    « La domination masculine, qui constitue les femmes en objet symboliques, dont l’être est un être-perçu, a pour effet de les placer dans un état permanent d’insécurité corporelle ou, mieux, de dépendance symbolique : elles existent d’abord par et pour le regard des autres, c’est-à-dire en tant qu’objets accueillants, attrayants, disponibles. On attend d’elles qu’elles soient féminines, c’est-à-dire souriantes, sympathiques, attentionnées, soumises, discrètes, retenues, voire effacées. Et la prétendue féminité n’est souvent pas autre chose qu’une forme de complaisance à l’égard des attentes masculines, réelles ou supposées, notamment en matière d’agrandissement de l’ego. En conséquence, le rapport de dépendance à l’égard des autres (et pas seulement des hommes) tend à devenir constitutif de leur être »

    V.) Conclusion

    Oh il y a bien d’autres choses à dire de Bourdieu, mais cette présentation est destinée à… Ben à le présenter… J’ai tenté de faire court (sissi j’vous jure) et d’expliquer les fondamentaux de la pensée du bonhomme. Bourdieu a permis à la sociologie française de ne pas se faire engloutir par la domination américaine (car la sociologie américaine est vraiment très différente de la notre, même pas considérée comme une science, c’est dire). La psychologie française n’a pas eu cette chance par exemple, la discipline étant complètement dominée par les Américains, la publication des recherches françaises se fait d’abord en anglais, avant d’être traduite en français par leurs propres auteurs (s’ils en ont le temps). Grâce au rayonnement international de la sociologie française (notamment grâce à Bourdieu), notre langue nationale est encore utilisée pour faire de la sociologie, et ça cey cool ! :hehe:

    Mais le principal intérêt de Bourdieu a été de porter l’attention des sociologues sur la sphère culturelle et symbolique de la société. L’espace social n’est pas uniquement divisé entre riches et pauvres, mais aussi entre raffinés et vulgaires. Les dominants n’ont pas besoin d’avoir de grandes ressources économiques pour dominer (ça aide mais ça ne suffit pas), et un prolétaire peut avoir autant d’argent qu’il veut, s’il ne sait pas le dépenser, il sera toujours considéré comme un dominé (cf les joueurs de foot).


  • Team

    Je trouve que ça enseigner obligatoirement dans le programme (enfin c’est peut être le cas en France, mais ça ne l’est en Belgique que si tu prends une option socio), ça permet de comprendre pas mal de chose dans la société.


  • Le Club des Jeunes

    AWESOME !!
    C’est vrai que ça en jette, les travaux de Boudieu. 😎
    Ça me rappelle mes cours d’SES en mieux, ça m’avait pas mal préoccupé ces injustice sociales et ces appropriations comme l’équitation aux riches etc, sûrement parce qu’on m’en avait pas mal parlé, parce-que j’ai souvent été confronté à ces différences et enfin parce-que Rousseau. :wiiii: Boubou a mis un de ces coups de pieds dans la socio’ que ça l’a transporté loin :cryhappy: tu m’as donné un vrai intérêt de m’intéresser à ce gars.

    Ça me fait penser à une histoire lue en me perdant sur Internet (très dangereux) sur la force de la société dans la détermination des manies et goûts culturels d’un individu, principalement par son genre ici. En gros c’est une madame qui a voulu offrir une éducation non stéréotypé à sa fille (par les jouets, les vêtements, etc), ne lui imposant aucune couleur, aucun style, etc. Par malheur, la société a mis son grain de sel, et très tôt la fille a été confrontée au fameux - et terrrriiiible - regard de l’autre. Les autres enfants, surtout les garçons (très attachés à LEURS valeurs) lui reprochaient son manque de féminité, ainsi que la possession de biens masculins (les trains par exemple, on les associe plus aux petits bonhommes qu’au reste <- ah siii ! les juiiifs :trollface:). Très vite, la fille s’est empressée de quémander des affaires plus féminins et rosés à sa maman. Fini.



  • @beanobecher a dit dans Pierre Bourdieu : la sociologie ça troue le Q :

    AWESOME !!
    C’est vrai que ça en jette, les travaux de Boudieu. 😎
    Ça me rappelle mes cours d’SES en mieux, ça m’avait pas mal préoccupé ces injustice sociales et ces appropriations comme l’équitation aux riches etc, sûrement parce qu’on m’en avait pas mal parlé, parce-que j’ai souvent été confronté à ces différences et enfin parce-que Rousseau. :wiiii: Boubou a mis un de ces coups de pieds dans la socio’ que ça l’a transporté loin :cryhappy: tu m’as donné un vrai intérêt de m’intéresser à ce gars.

    Ça me fait penser à une histoire lue en me perdant sur Internet (très dangereux) sur la force de la société dans la détermination des manies et goûts culturels d’un individu, principalement par son genre ici. En gros c’est une madame qui a voulu offrir une éducation non stéréotypé à sa fille (par les jouets, les vêtements, etc), ne lui imposant aucune couleur, aucun style, etc. Par malheur, la société a mis son grain de sel, et très tôt la fille a été confrontée au fameux - et terrrriiiible - regard de l’autre. Les autres enfants, surtout les garçons (très attachés à LEURS valeurs) lui reprochaient son manque de féminité, ainsi que la possession de biens masculins (les trains par exemple, on les associe plus aux petits bonhommes qu’au reste <- ah siii ! les juiiifs :trollface:). Très vite, la fille s’est empressée de quémander des affaires plus féminins et rosés à sa maman. Fini.

    Bourdieu cey mon chéri, mais il n’a pas le monopole du coeur ! Erving Goffman a aussi sa petite place, et j’en parlerai sûrement un jour, sûrement…

    Les trains sont plutôt associés aux petits garçons cey vrai, mais je croyais que jouer avec le four était l’apanage des petites filles :poisson:



  • Ton manager winner de barraque à frites, il en penses quoi de Bourdieu ?



  • g kompris dans bourdieu y’a bourre et pi dieu trops fort malin qu’il est ! Un truc genre mystique de la routourne qui tourne quoi ?

    ...

    il va me rapporter combien le bourdieu pour mon transfert et des exlaves seskuelles au sofitel mdrrrrrr loooool ? Jvais le touitter tsé !


  • Le Club des Jeunes

    C’est le paragraphe qui nous accueille dans le second chapitre de La Domination masculine :

    “La description ethnologique d’un monde social à la fois assez éloigné pour se prêter plus facilement à l’objectivation et tout entier construit autour de la domination masculine agit comme une sorte de “détecteur” des traces infinitésimales et des fragments épars de la vision androcentrique du monde et, par là, comme l’instrument d’une archéologie historique de l’inconscient qui, sans doute ordinairement construit en un état très ancien et très archaïque de nos sociétés, habite chacun de nous, homme ou femme.”

    :cryy: Mamaaannn~ Le monsieur y’recommence à parler tout en long. Je bite pas ce paragraphe. 😢 En plus il a dit le mot archéologie, “archéologie historique” è_é bah oué c’est de l’étude historique l’archéo’. é_è
    @Spinopute


  • Le Club des Jeunes

    Une idée que j’adore et qui botterait le Q à pas mal de monde : la domination masculine légitimé par une nature biologique, sauf que la nature biologique est elle-même une construction sociale naturalisée.
    :wiiii:



  • @beanobecher a dit dans Pierre Bourdieu : la sociologie ça troue le Q :

    Une idée que j’adore et qui botterait le Q à pas mal de monde : la domination masculine légitimé par une nature biologique, sauf que la nature biologique est elle-même une construction sociale naturalisée.
    :wiiii:

    Bah dans les faits, y’a déjà eu des tonnes de tentatives de bottages de culs mais elles tombent toujours à plat parce qu’il y a toujours plus de gens pour croire que tout est “naturel”, “biologique”, “inné” plutôt que “acquis”, “culturel” et “social”.


  • Le Club des Jeunes

    @egon a dit dans Pierre Bourdieu : la sociologie ça troue le Q :

    @beanobecher a dit dans Pierre Bourdieu : la sociologie ça troue le Q :

    Une idée que j’adore et qui botterait le Q à pas mal de monde : la domination masculine légitimé par une nature biologique, sauf que la nature biologique est elle-même une construction sociale naturalisée.
    :wiiii:

    Bah dans les faits, y’a déjà eu des tonnes de tentatives de bottages de culs mais elles tombent toujours à plat parce qu’il y a toujours plus de gens pour croire que tout est “naturel”, “biologique”, “inné” plutôt que “acquis”, “culturel” et “social”.

    Ca se comprend, c’est pas simple de voir la limite entre le biologique et le social vu qu’on est des êtres physiques, suivant des logiques physiques, mais socialisés à donf, mais certains en profitent pour justifier leurs idées marginales comme ces dires étranges qui expliquent pourquoi on est sensuellement plus attiré par les gens sapé en rouge, pourquoi les keum mattent le boule des feumeu, ou même des expériences à deux balles montrant que les bébés savent déjà faire la part entre une belle personne et un cagot.
    😢 C’est la faute aux scientifiques 'merlok sur Discovery science. Faut vraiment que je partage les choses fabuleuses qu’ils disent (c’est la première fois de ma vie que j’entends Morgan Freeman dire des choses plus malsaines que Herr Goebbels).



  • Bah ouais, les idéologies rattachées aux sciences naturelles sont bien plus prégnantes dans notre société parce que c’est elles qui dominent le marché et se positionnent de manière à apparaître comme la voix de la raison. Donc, c’est sûr qu’après quand t’as quelques gus qui viennent essayer de déconstruire le bousin, on leur rit doucement au nez parce que les études “scientifiques” X et Y démontrent le contraire. :siffle:


  • Le Club des Jeunes

    @egon a dit dans Pierre Bourdieu : la sociologie ça troue le Q :

    Bah ouais, les idéologies rattachées aux sciences naturelles sont bien plus prégnantes dans notre société parce que c’est elles qui dominent le marché et se positionnent de manière à apparaître comme la voix de la raison. Donc, c’est sûr qu’après quand t’as quelques gus qui viennent essayer de déconstruire le bousin, on leur rit doucement au nez parce que les études “scientifiques” X et Y démontrent le contraire. :siffle:

    Ouais on donne trop raison aux sciences dites “dures” comme les maths ou la physique … alors qu’elles ne sont pas si certaines que ça (suffit de voir le nombre affolant de fois où les scientifiques doivent corriger les travaux de leurs prédécesseurs). :hihi:



  • @beanobecher a dit dans Pierre Bourdieu : la sociologie ça troue le Q :

    C’est le paragraphe qui nous accueille dans le second chapitre de La Domination masculine :

    “La description ethnologique d’un monde social à la fois assez éloigné pour se prêter plus facilement à l’objectivation et tout entier construit autour de la domination masculine agit comme une sorte de “détecteur” des traces infinitésimales et des fragments épars de la vision androcentrique du monde et, par là, comme l’instrument d’une archéologie historique de l’inconscient qui, sans doute ordinairement construit en un état très ancien et très archaïque de nos sociétés, habite chacun de nous, homme ou femme.”

    :cryy: Mamaaannn~ Le monsieur y’recommence à parler tout en long. Je bite pas ce paragraphe. 😢 En plus il a dit le mot archéologie, “archéologie historique” è_é bah oué c’est de l’étude historique l’archéo’. é_è
    @Spinopute

    Traduction putinesque :

    Le vilain monsieur dit de manière obscure que l’étude d’un monde social différent du nôtre (temporellement apparemment) et des logiques androcentriques permet de comprendre comment l’inconscient collectif s’est construit et cristallisé. Il dit également que les conceptions les plus primaires que nous avons du rapport homme-femme, sont les plus primitives (nous les héritons d’un lointain passé de plusieurs milliers d’années), et habitent les hommes comme les femmes, qui les ont intériorisé dès le plus jeune âge.

    En fait ce que Bourdieu raconte, c’est qu’on n’apprend pas à voir naturellement à la naissance, pour qu’ensuite le social “corrompe” l’esprit de l’enfant. L’enfant regarde directement les choses avec le prisme social de sa société, il appréhende les premières choses qu’il perçoit et comprend avec l’aide d’un prisme social (un schème d’intelligibilité) qui lui est imposé dès ses premiers instants… Avant même qu’il apprenne à “percevoir”.


  • Le Club des Jeunes

    @spinopute a dit dans Pierre Bourdieu : la sociologie ça troue le Q :

    @beanobecher a dit dans Pierre Bourdieu : la sociologie ça troue le Q :

    C’est le paragraphe qui nous accueille dans le second chapitre de La Domination masculine :

    “La description ethnologique d’un monde social à la fois assez éloigné pour se prêter plus facilement à l’objectivation et tout entier construit autour de la domination masculine agit comme une sorte de “détecteur” des traces infinitésimales et des fragments épars de la vision androcentrique du monde et, par là, comme l’instrument d’une archéologie historique de l’inconscient qui, sans doute ordinairement construit en un état très ancien et très archaïque de nos sociétés, habite chacun de nous, homme ou femme.”

    :cryy: Mamaaannn~ Le monsieur y’recommence à parler tout en long. Je bite pas ce paragraphe. 😢 En plus il a dit le mot archéologie, “archéologie historique” è_é bah oué c’est de l’étude historique l’archéo’. é_è
    @Spinopute

    Traduction putinesque :

    Le vilain monsieur dit de manière obscure que l’étude d’un monde social différent du nôtre (temporellement apparemment) et des logiques androcentriques permet de comprendre comment l’inconscient collectif s’est construit et cristallisé. Il dit également que les conceptions les plus primaires que nous avons du rapport homme-femme, sont les plus primitives (nous les héritons d’un lointain passé de plusieurs milliers d’années), et habitent les hommes comme les femmes, qui les ont intériorisé dès le plus jeune âge.

    En fait ce que Bourdieu raconte, c’est qu’on n’apprend pas à voir naturellement à la naissance, pour qu’ensuite le social “corrompe” l’esprit de l’enfant. L’enfant regarde directement les choses avec le prisme social de sa société, il appréhende les premières choses qu’il perçoit et comprend avec l’aide d’un prisme social (un schème d’intelligibilité) qui lui est imposé dès ses premiers instants… Avant même qu’il apprenne à “percevoir”.

    Merki maman, heureusement que t’es là.
    text alternatif


  • Le Club des Jeunes

    Ça m’a pris plus de temps que prévu, mais j’ai fini mon premier livre de Pierre Bourdieu. 😎 Mon premier, mais pas mon dernier.

    La Domination masculine contredit directement ce qu’un ignoble petit kéké camarade de promo’ m’avait dit : “de nos jours ce sont plutôt les femmes qui dominent”. :cryhappy:
    Un livre pas spécialement épais, pas spécialement dégueulasse, et pourtant très enrichissant :wiiii: mais le Pierrot a vraiment son style par moment. :lecid: Mais ça valait l’effort pour apprendre à quel point le point de vue normatif dominant est encré et vicelard. J’ai bien aimé aussi son annexe sur les gays, important de voir le paradoxe gay face au système “normal” avec le dominant et ses dominéEs.