Je suis (une) Locke




  • « Je m’appelle Locke, John Locke »

    Bon okay, c’est pas ma vraie tête, mais croyez moha, vaut mieux pas voir celle que j’avais y’a 300 ans… Y paraît qu’une énergumène a dédié un topic à l’un des plus gros cons du XVIIème siècle, j’ai nommé René Lataupe Descarpes. Bon, c’est vrai que je ne suis pas très objectif ; lui et mon maître à penser se sont bastonnés plus d’une fois à la sortie d’une taverne. J’ai moha aussi ma nemesis, un certain Leibniz, un péteux qui, même après ma mort, continuait de m’emmerder avec son innéisme à la con :

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    Leibniz : « Il y a des idées et des principes qui ne nous viennent point des sens, et que nous trouvons en nous sans les former, quoique les sens nous donnent occasion de nous en apercevoir »
    Donc y’a des idées innées qui ne viennent pas des sens mais qui se découvrent avec les sens… Tu te foutrais pas de maggle par hasard ?

    Mais n’allons pas si vite, je ne me suis même pas encore présenté. Je m’appelle donc John Locke, né en 1632 en Angleterre… Putain ça fait un baille… J’ai suivi de grandes études à Oxford, mais la méthode d’enseignement était vraiment à chier, un truc appelé scolastique et entièrement basé sur les écrits d’Aristote. Toutafay, au XVIIème siècle, on basait toute notre compréhension du monde sur des conneries écrites il y a 2000 ans. J’adore le concept : en deux millénaires, aucune évolution de la pensée… Mes prédécesseurs étaient de sacrés branleurs. Bref, je me suis intéressé à énormément de choses comme la médecine, la théologie et surtout la philosophie. J’ai lu tout ou à peu près, mais j’ai surtout été marqué par les bastons entre René et Thomas (Hobbes, de son petit nom). C’est là que j’ai compris que le monde était encore très arriéré et rempli de préjugé ; j’ai donc pris l’initiative de régler une fois pour toute certaines questions essentielles, pour que le monde entier sache à quel point je suis génial et aussi qu’il ait de bonnes bases pour raisonner convenablement ; et l’un des préjugés les plus tenaces de mon époque, c’est l’innéisme !

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    « Je n’aurais pas l’idée d’une substance infinie, moi qui suis un être fini, si elle n’avait été mise en moi par quelque substance qui fût véritablement infinie »

    Voilà le genre de conneries que j’entendais quotidiennement partout où j’allais. J’en avais plus qu’assez de tous ces jean-foutre qui balançaient clichés sur clichés, le tout accompagné par des raisonnements fallacieux et des arguments bidons basés sur des récits bibliques mal traduits. J’ai donc entrepris de publier le best-seller du siècle, où je reprendrais tout depuis le début, sans préjugés ni métaphysique. Je voulais que mes recherches aboutissent à des connaissances certaines, et pour ce faire, il fallait baser tout mon raisonnement sur l’observation empirique. Mon copain Newton était admiratif et s’inspira de mon génie pour conter ses histoires de pomme ; histoires qui eurent, je ne sais trop pourquoi, un succès fou.

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    « Un certain Leibniz me répète inlassablement que je ne fais que de la merde… Bon je n’ai fait qu’inventer la science moderne, mais pourquoi pas… »

    Après plusieurs années de recherches, j’ai fini par publier mon « essai sur l’entendement humain » en 1689. Avec ce monumental pavé (succès mondial, comme prévu), j’ai tout déballé, en commençant par défoncer l’innéisme de mes collègues. Alley, j’vous fais part de mes plus belles répliques :
    « Montrer comment nous recevons toute expérience suffit à prouver qu’elle n’est pas innée »
    « On ne pourra certainement jamais estimer inné ce dont la découverte nécessite la raison »
    « Si la nature prenait soin de nous munir d’idées, on pourrait s’attendre à ce que ce soient des idées que nos propres facultés ne peuvent nous donner »
    « L’âme commence à avoir des idées quand elle commence à percevoir »
    « Je ne vois pas de raison de croire que l’âme pense avant que les sens ne l’aient dotée d’idées auxquelles penser »
    « La perception est l’opération initiale de toutes nos facultés intellectuelles, et l’entrée de toute connaissance dans l’esprit »
    « Un assentiment dès l’audition ne prouve pas qu’une idée soit innée, pas plus qu’il ne prouve que l’aveugle de naissance a les idées innées du soleil et de lumière sous prétexte que, lorsque la vue lui sera donnée, il donnera certainement son assentiment à la proposition ‘‘le soleil est lumineux’’ »

    Pour démolir le mythe de l’innéisme, je ne me suis pas contenté d’en prouver la fausseté, j’ai aussi expliqué comment les idées parviennent à la conscience. Démolir un système de pensée erroné c’est bien, en créer un plus juste, c’est encore mieux. J’ai donc démontré que l’origine de notre entendement est la perception (auditive, visuelle…) ; comment peut-on penser si nous n’avons aucun matériau sur lequel penser ? La perception est à l’origine de ce que je nomme les « idées simples », idées qui nécessitent la perception pour être comprises. Tentez d’expliquer ce qu’est une couleur à un aveugle de naissance, j’peux vous dire que vous allez en chier. Tenez, une expérience amusante : si un aveugle de naissance recouvre soudainement la vue, saura-t-il, en ne s’aidant que de sa vue, reconnaître un objet qu’il connaissait uniquement par le toucher (un ballon par exemple) ? Je vous laisse réfléchir un instant…

    En bref, j’ai imposé la notion de « tabula rasa » au monde entier, cette idée de table rase stipule que l’homme naît sans aucune connaissance d’aucune sorte, sans personnalité ni intelligence… Bref, l’homme qui vient de naître n’est qu’une page blanche. Le nouveau-né va se développer au fur et à mesure de son interaction avec l’environnement. Cette affirmation, appuyée par tout un raisonnement logique, vient remettre en cause l’idée selon laquelle l’homme serait déterminé par sa nature intrinsèque (biologique ou spirituelle). Expliquer l’intelligence, le discernement, la raison, les traits de caractère… par la nature de l’homme ne suffit donc plus, ces éléments n’étant pas donnés à la naissance mais construits au cours de l’existence par l’expérience. Dès lors que les gens ont reconnu que la faculté de raisonner n’était pas tributaire de la nature de l’homme mais de son expérience, l’éducation est apparue comme un sujet primordial, puisque c’est elle qui conditionne les premières interactions entre l’homme et son environnement. Eh ouais les enfants, avant moha, l’on ne débattait pas de pédagogie ; et c’est grâce à mes écrits que le siècle des Lumières s’est passionné pour l’éducation. Merci qui ?

    C’est là que ces cartésiens de mes couilles interviennent pour ressortir « ouais mais si on ne conçoit que ce qu’on voit, comment on pourrait concevoir Dieu ? ». C’est que l’esprit, en associant les idées simples, peut raisonner dessus et ainsi produire des « idées complexes ». Un exemple, Dieu peut être expliqué par un ensemble de termes car la notion de Dieu est une idée, pas une sensation. J’ai donc entrepris de démolir mes confrères et leurs disputes incessantes, en expliquant que leurs arguments, en plus d’être inadaptés, ne pouvaient convaincre qui que ce soit de changer d’opinion :

    « L’art de la dispute, tellement admiré, a fort accru l’imperfection naturelle des langues, puisqu’il a été utilisé et prévu pour embrouiller la signification des mots plutôt que pour découvrir la connaissance et la vérité des choses. Celui qui consultera cette sorte d’écrits savants verra que les mots y ont un sens bien plus obscur, incertain et indéterminé que dans la conversation ordinaire »
    « On croit généralement qu’il y a une grande variété d’opinion dans les volumes et dans les controverses multiples qui perturbent le monde ; pourtant tout ce que je peux trouver dans ce que font les savants combattants de chaque parti lors de leurs joutes argumentatives, c’est qu’ils parlent des langues différentes »
    « Qui sera convaincu par les arguments les plus puissants de se dévêtir d’un seul coup de toutes ses anciennes opinions, de ses anciennes prétentions à la connaissance et au savoir, pour lesquelles il a tout ce temps peiné, et recommencera complètement nu sa quête de nouvelles conceptions ? Car bien que je ne puisse pas répondre, je ne me rendrai pas »
    « On ne peut nommer une erreur qui n’ait pas eu ses professeurs ; et l’on ne manquera jamais de sentiers tordus à emprunter si l’on pense que l’on est dans le droit chemin dès que l’on a des traces à suivre »

    Ahlala, j’en ai changé des choses. J’ai ridiculisé Descartes, prouvé qu’il n’y avait rien d’inné chez l’homme, j’ai défoncé la scolastique, je suis à l’origine du libéralisme politique et économique (ce qui est une autre histoire, bien trop longue pour la raconter ici), bref, j’ai révolutionné le monde ! Bon c’est vrai, y’a toujours eu des connards après ma mort pour raisonner toujours aussi bêtement sur l’innéisme (mais la Germanie a toujours été une contrée peuplée de barbares ignorants et stupides, dont les plus éminents représentants sont Leibniz, Kant, Schopenhauer, Hegel, Heidegger, Nietzsche et Freud). J’ai clos le débat sur ce sujet là, mais bon, y’aura toujours des demeurés pour balancer des absurdités :

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  • Le Club des Jeunes

    John Locke ! 😢 Tant de violence dans le monde de la philoooo’… Pourquouaaaa…

    Le topic de René Descartes m’était surtout un moyen d’introduire des topics futurs que j’ai en projet, et tu as déjà fait une intro’ sur Locke. :multistar: Beaucoup reprennent les dires de Descartes, pour démentir un cartésianisme naissant en partie, pour redonner de laggle à la philosophie moderne qui - pour l’instant - semblait patauger.

    Est-ce que tu comptes poster des trucs sur d’autres pans de sa philosophie, comme justement sur la politique et le libéralisme ? Je le connais surtout pour ses dires en politique qui pètent pas mal aussi, comme le droit de propriété (l’Etat ne s’invite pas dans les chambres à coucher etc).

    Ahah Leibniz, c’était donc aussi lui qui soutenait l’innéisme !? Il est plus sympa dans les maths, sauf avec cette histoire de Calculus qu’il aurait copié sur la feuille d’Isaac. C’est un peu un Dinkleberg de la philo’ (comme dans Mes Parrains sont Magiques).

    Et pour introduire à Locke, tu conseillerais plutôt quoi comme premier livre sympa de lui ?



  • La philo c’est pas pour les lopettes !

    Alors comme ça René n’était qu’une intro ? Ton plan semble de plus en plus machiavélique. Qui vas-tu donc nous imposer ? Pas un boche tout de même, t’oserais quand même pas hein ? Ah et tu me laisses Rousseau, c’est mon mien t’entends è_é

    Bien sûr que le libéralisme politique et économique sera traité, patience enfin ! On ne mange pas l’entrée, le plat principal et le dessert en même temps è_é

    @beanobecher a dit dans Je suis (une) Locke :

    Ahah Leibniz, c’était donc aussi lui qui soutenait l’innéisme !? Il est plus sympa dans les maths

    Donc c’est bien ce qu’il me semblait, tey complètement perchée !

    Et pour s’initier à Locke, rien ne vaut la première partie de son essai sur l’entendement humain. Son traité du gouvernement civil vaut aussi le coup, le premier philosophe à légitimer le soulèvement du peuple face à l’Etat, c’est quand même quelque chose !


  • Le Club des Jeunes

    @prostipute a dit dans Je suis (une) Locke :

    La philo c’est pas pour les lopettes !

    :wiiii:

    Alors comme ça René n’était qu’une intro ? Ton plan semble de plus en plus machiavélique. Qui vas-tu donc nous imposer ? Pas un boche tout de même, t’oserais quand même pas hein ?

    Ça sera la surprise, mais déjà c’est certain que c’est pas du tout un boche. C’est pas mon genre. D’ailleurs j’ai déjà fait un topic sur Nietsche, fallait que tu le saches.

    Ah et tu me laisses Rousseau, c’est mon mien t’entends è_é

    Ouiii je te laisses Rousseau (je sais que tu le traitera bien). 🎁
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    Le droit de propriété sur philosophe, ma foi.

    Bien sûr que le libéralisme politique et économique sera traité, patience enfin ! On ne mange pas l’entrée, le plat principal et le dessert en même temps è_é

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    @beanobecher a dit dans Je suis (une) Locke :

    Ahah Leibniz, c’était donc aussi lui qui soutenait l’innéisme !? Il est plus sympa dans les maths

    Donc c’est bien ce qu’il me semblait, tey complètement perchée !

    Et c’est MAINTENANT que tu le constates ? M’as-tu donc oublié ? 😢

    Et pour s’initier à Locke, rien ne vaut la première partie de son essai sur l’entendement humain. Son traité du gouvernement civil vaut aussi le coup, le premier philosophe à légitimer le soulèvement du peuple face à l’Etat, c’est quand même quelque chose !

    AWESOME !! :wiiii: Merki pour ces précieux conseils.