Après 15 ans en état végétatif, il retrouve des signes de conscience après stimulation


  • Admin

    Aux hospices civils de Lyon, un patient en état végétatif depuis quinze ans a récupéré des signes de conscience après stimulation du nerf vague.

    text alternatif

    Le cerveau en état végétatif (à gauche) montre une augmentation de son métabolisme trois mois après la stimulation du nerf vague (à droite) (Current Biology, CNRS).

    À la suite d’un accident de la route, Eric*, 35 ans, était plongé dans un état végétatif depuis quinze ans, souffrant d’une sévère lésion cérébrale. Ses chances de récupérer étaient considérées comme infimes. Raison pour laquelle l’équipe d’Angela Sirigu, directrice de recherche à l’Institut des sciences cognitives Marc Jeannerod de Lyon (CNRS), a décidé de tenter le tout pour le tout. Elle a stimulé le nerf vague du patient, ce nerf crânien qui connecte le cerveau aux organes. Et le résultat a été surprenant ! Dans un article publié dans Current Biology, la chercheuse démontre en effet que l’état de conscience du malade s’est significativement amélioré. Il est désormais capable de répondre à des ordres simples, comme suivre des yeux un objet ou tourner la tête, ce qu’il ne faisait pas auparavant. “Nous avons volontairement choisi le cas le plus difficile pour mener cette intervention, explique Angela Sirigu. Un patient diagnostiqué en état végétatif selon les critères internationaux, ne montrant aucun signe depuis de très longues années. Ainsi, si des changements étaient observés après cette intervention, ils ne pouvaient être attribués au hasard.”

    Pour rappel, un patient en état végétatif présente un trouble sévère de la conscience due à des lésions du cortex, du tronc cérébral, du thalamus (zone située entre le cortex et le tronc cérébral) et de la matière blanche. Il est éveillé — contrairement à l’état de coma — mais ne répond pas à diverses stimulations externes. Il est admis, en clinique, qu’un patient dans cette situation a des chances infimes de récupération si son état ne s’améliore pas au bout de trois mois dans le cas d’une anoxie (manque d’oxygène) et au bout de douze mois dans le cas d’une lésion due à un traumatisme. “La probabilité de récupérer dépend de l’extension des lésions cérébrales et de l’étiologie [étude des causes de la maladie, NDLR] du patient, confirment les auteurs de l’étude. Mais après un an de comportement non répondant, les chances deviennent faibles.”

    En 2007, une étude américaine avait démontré qu’un patient en état de conscience minimale (état de conscience supérieur à l’état végétatif) répondait mieux après une stimulation profonde du thalamus par implant d’électrodes. “Notre intervention consiste à activer le réseau thalamo-cortical, en jeu dans les mécanismes d’éveil, en stimulant le nerf vague”, poursuit Angela Sirigu. Le nerf vague étant donc ce long nerf crânien, le dixième, qui part du cerveau et innerve de nombreux organes et muscles du système cardiaque, digestif et respiratoire pour en réguler le fonctionnement. Sa stimulation est déjà en cours d’étude pour des pathologies comme la polyarthrite rhumatoïde. Dans le cerveau, il module l’activité de “la formation réticulée”, une région du thalamus impliquée dans l’éveil mais aussi d’autres régions cérébrales profondes importantes pour les fonctions vitales. En outre, l’activité du nerf vague augmente la neurotransmission de l’adrénaline, également importante pour la vigilance notamment.

    Le patient a pu répondre à des ordres

    Pierre Bourdillon et Marc Guenot, neurochirurgiens à l’hôpital neurologique Pierre-Wertheimer des Hospices vivils de Lyon (HCL) ont donc implanté une double électrode de stimulation sur le nerf vague d’Eric, au niveau du cou. Un générateur programmable a également été inséré sous la peau. Une stimulation régulière de 30 secondes toutes les cinq minutes (jusqu’à 1,5 milliampère) s’est déroulée pendant un mois. Eric a ensuite été soumis à une batterie de tests : test comportemental d’évaluation du coma par l’échelle internationale Coma Recovery Scale-Revised (CRS-R), imagerie cérébrale par Pet-scan et électroencéphalogramme (EEG). Résultat : au bout d’un mois de stimulation du nerf vague, les médecins ont constaté que l’attention d’Eric, ses mouvements et l’activité cérébrale s’étaient améliorés ! L’homme a ainsi pu répondre à des ordres (suivre des yeux un objet, tourner la tête), ce qu’il ne faisait pas auparavant. Sa capacité à soutenir son attention pendant qu’on lui faisait la lecture a également été rapportée. Eric a aussi montré des réactions à la menace, en ouvrant grand les yeux par exemple lorsque quelqu’un se penchait brusquement sur lui.

    Tester la stimulation sur un plus grand nombre

    Surtout, “nos résultats montrent des changements majeurs au niveau cérébral, assure Angela Sirigu. Nous avons trouvé que les signaux EEG dans la fréquence thêta (4-7Hz) ont été augmentés, un rythme dont on dit qu’il distingue l’état végétatif de l’état de conscience minimale. Elle augmente significativement après la stimulation, dans les zones importantes pour le mouvement, les sensations corporelles et la conscience.” De plus, l’imagerie au Pet-scan a montré un augmentation de l’activité métabolique dans les régions corticales et sous-corticales.

    […]

    Des question éthiques soulevées

    Ce résultat, obtenu sur un cas unique, ne manquera pas de soulever également d’importantes questions éthiques. Entre autres, que dire aux familles dont les proches sont dans cet état d’éveil non répondant sans amélioration, et qui sont de potentiels donneurs d’organes ? “Les représentants légaux sont les seuls aptes à prendre ce type de décision, répond Angela Sirigu. On donne toujours une chance au patient…" Steven Laureys appelle, quant lui, à réfléchir à la qualité de vie : “Nous sommes tous des Vincent Lambert (en état de conscience minimale depuis 2008 et qui fait l’objet d’une bataille judiciaire pour l’arrêt des soins, ndlr) potentiels. Alors il faut anticiper, identifier une personne de confiance à qui l’on confie son souhait et qui décidera à notre place le cas échéant.”

    […]

    //* Le prénom a été changé

    Article complet : sciencesetavenir.fr



  • @ratonhnhakéton
    J’ai vu ça mais comment peuy-on garder pendant si longtemps une personne en état végétatif :hum:


  • Admin

    @thilou Soit les proches ne veulent pas le débrancher, soit la personne a fait don de son corps à la science afin qu’elle puisse faire des expériences même dans un tel cas.



  • C’est le choc pour la famille :lecidacouette: il ne retrouvera jamais une vie normale , je me pose la question : pourquoi tant d’acharnement :hum:



  • Intéressant mais glauque si le patient en devient plus conscient de son propre état.


  • Team

    @thilou Pour la science ?
    Pour réussir peut-être à sauver des personnes dont l’état est moins grave, c’est une énorme avancée, c’est très prometteur, il font pas ça pour s’amuser, c’est pas de l’acharnement.
    Après si le mec devient un peu plus conscient de l’état dans lequel il est, je suis d’accord pour dire que ça devient assez triste.

    @ratonhnhakéton a dit dans Après 15 ans en état végétatif, il retrouve des signes de conscience après stimulation :

    @thilou Soit les proches ne veulent pas le débrancher, soit la personne a fait don de son corps à la science afin qu’elle puisse faire des expériences même dans un tel cas.

    Bah y a rien à débrancher normalement, il est pas en mort cérébrale mais en état végétatif, il est même éveillé sauf qu’il ne répond pas (d’après l’article), il peut normalement respirer tout seul sans machine. Enfin bon, j’ai toujours eu du mal à différencier mort cérébrale et état végétatif.
    Et vu que l’euthanasie est interdite en France, je pense pas qu’on puisse faire grand chose.
    Enfin surement que si mais je sais pas quoi.



  • @mahonia
    Je me doute bien que ce n’est pas pour s’amuser :fock:
    c’est comme l’affaire Lambert , cette mère qui veut faire euthanasier son fils et que la justice lui refuse car tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir :hum:


  • Admin

    @mahonia a dit dans Après 15 ans en état végétatif, il retrouve des signes de conscience après stimulation :

    Bah y a rien à débrancher normalement, il est pas en mort cérébrale mais en état végétatif, il est même éveillé sauf qu’il ne répond pas (d’après l’article), il peut normalement respirer tout seul sans machine. Enfin bon, j’ai toujours eu du mal à différencier mort cérébrale et état végétatif.

    J’ai lu l’article en diagonal :prude:.
    C’est en entendant la nouvelle à la radio que j’ai pensé à ouvrir un topic sur le sujet.


  • Team

    @ratonhnhakéton Ah bah bravo :angry:

    Donc oui d’après l’article, il était eveillé mais ne réagissait à rien (depuis donc 15 ans) et il lui ont fait le truc là et il a réussi à suivre des yeux et réussi à tourner la tête.

    @Thilou C’est pas “tant que y a de la vie, y a de l’espoir” car pour le Eric en question, y en a surement pas.
    C’est plus une notion de “tuer quelqu’un” qui pose problème. J’ai jamais vu les anti-euthanasie parler d’espoir dans les cas les plus extrême, ils sont pas stupide à ce point. C’est le meurtre/suicide qui pose problème aux gens.
    Car y a beaucoup de cas qui ne “mérite” pas l’euthanasie. Faudrait ressortir le topic tient.



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