Lanceurs d'alerte, ces Dreyfus du XXIème siecle



  • Les révélations par Julian Assange des abus et des crimes de guerre au Moyen-Orient revêtent une importance historique, tout comme les contributions des lanceurs d’alerte Edward Snowden, Chelsea Manning et Reality Winner, qui se trouvent désormais en exil ou incarcérés. Tous ont dû faire face à des campagnes de dénigrement implacables menées par leurs adversaires, des campagnes qui ont souvent donné lieu à une couverture média fallacieuse ainsi qu’à l’occultation médiatique de leur situation difficile. La violation systématique des droits de Julian Assange au cours des neuf dernières années a été reconnue et dénoncée par le Comité pour la protection des journalistes, la Fédération internationale des journalistes et les principales organisations pour la défense des droits humains. En revanche, dans le débat public, on a assisté à une insidieuse banalisation de la manière dont il est traité.

    Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture Nils Melzer, ayant enquêté sur cette affaire, écrivait en juin 2019 :

    «J’ai finalement compris que j’avais été aveuglé par la propagande et qu’on avait systématiquement calomnié Assange afin de détourner l’attention du public des crimes qu’il avait révélés. Une fois déshumanisé par l’isolement, le dénigrement et la honte, exactement comme les sorcières que l’on brûlait sur le bûcher, il était aisé de le priver de ses droits fondamentaux sans soulever l’indignation du monde entier. C’est ainsi qu’un précédent juridique est en train de se créer, par l’arrière-boutique de notre propre complaisance, qui pourra et qui sera identiquement appliqué à l’avenir aux révélations du Guardian, du New York Times et d’ABC News».

    «En affichant, au mieux, une attitude de complaisance, au pire de complicité, les gouvernements suédois, équatorien, britannique et américain ont créé un climat d’impunité qui favorise la persécution sans limites de M. Assange. En vingt ans de travail avec les victimes de guerre, de violence et de persécution politique, je n’ai jamais vu un groupe d’États démocratiques s’unir pour isoler, diaboliser et maltraiter délibérément un seul individu pendant si longtemps et avec si peu de respect pour la dignité humaine et l’État de droit.»

    En novembre 2019, Nils Melzer a recommandé que l’extradition de M. Assange vers les États-Unis soit interdite et qu’il soit rapidement libéré. «Il continue d’être détenu dans des conditions oppressantes d’isolement et de surveillance, non justifiées par son statut de détenu (…) L’exposition continue de M. Assange à l’arbitraire et aux abus pourrait bientôt lui coûter la vie», a-t-il conclu
    https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/061219/des-journalistes-prennent-la-defense-de-julian-assange


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