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Grenelle des violences conjugales



  • Interview sur franceinfo :

    Luc Frémiot, ancien procureur de la République de Douai qualifie de “grande fête aux associations” le Grenelle sur les violences conjugales voulu par Marlène Schiappa en septembre.
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    Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, est “complètement à côté de la question” avec son Grenelle organisé en septembre, a estimé Luc Frémiot, ancien procureur de la République de Douai, sur franceinfo mercredi 7 août. Spécialisé dans la lutte contre les violences conjugales, Luc Frémiot a lancé début juillet avec la comédienne Eva Darlan une pétition exigeant que l’État enquête sur les manquements qui ont conduit à la mort de dizaines de femmes depuis janvier. “On a la solution”, affirme Luc Fremiot qui avait également lancé en 2003 à Douai (Nord) un dispositif d’éloignement et de traitement du conjoint violent. “J’ai fait baisser la récidive à 6% en 2003”, assure-t-il. Selon lui, “on ne tire pas les leçons de ce qui se passe”.

    franceinfo : Ce Grenelle sur les violences conjugales est une bonne idée ou une table ronde qui ne donnera rien selon vous ?

    Luc Frémiot : Quand j’entends Mme Schiappa sur le Grenelle, je me dis qu’elle est condamnée à faire le spectacle en cette période estivale et que, comme d’habitude, elle me paraît complètement à côté de la question. J’entends parler de grande réflexion culturelle, il faut remettre en cause notre culture sur le sujet, on appelle les témoins mais on ferait bien de balayer devant sa porte surtout. Parce qu’on pourrait parler des dysfonctionnements. C’est ça le préalable. Pourquoi les plaintes ne sont pas reçues ? Tout simplement parce que les femmes ne sont pas reçues comme elles devraient l’être dans les commissariats. On ne prend pas les plaintes qu’on devrait prendre. Certains services de police prennent encore des mains courantes. Vous avez encore certains procureurs de la République qui ne traitent pas les plaintes. La question, elle est là. On n’est pas du tout dans la philosophie.

    Rien n’a évolué dans ce domaine selon vous ?

    Ce n’est pas suffisant ! Bien évidemment, il y a des gens qui font bien leur métier mais moi, je m’occupe des trains qui n’arrivent pas à l’heure. Lorsque je reçois des courriers de ces femmes qui disent qu’on les renvoie chez elle parce qu’elles n’ont pas de certificat médical, alors que ce n’est pas du tout une obligation ; qu’on les conduit à porter une main courante qui n’a aucun intérêt puisqu’il n’y aura pas d’enquête ; quand je sais qu’il y a des parquets qui classent ou qui font des simples rappels à la loi… Il suffit de regarder dans les 85 féminicides qu’on vient de comptabiliser, ils annoncent des dysfonctionnements.

    Dans la pétition que nous avons lancée [début juillet] avec Eva Darlan, on veut savoir pourquoi il y a eu autant de meurtres de femmes, pourquoi les plaintes n’ont pas été suivies d’effet et quelles sont les solutions. Qu’on ne vienne pas, une fois encore, nous agiter devant le nez un Grenelle qui est la grande fête aux associations.
    Luc Frémiot
    franceinfo

    Comment faire changer les choses ?

    Il y a beaucoup de choses à faire. Vous avez des femmes qui se présentent qui parlent de menaces de mort. Les trois quarts du temps on leur répond : “Vous savez les menaces, c’est pas bien grave. C’est du bluff. Ayez confiance ! etc”. Elles ne sont pas prises au sérieux comme elles devraient l’être. Ce qui me choque aussi, c’est que Mme Schiappa c’est la Mme Loyal du gouvernement. Elle n’a aucun pouvoir.

    Le pouvoir il est où ? Il est chez M. Castaner avec ses troupes qu’il ferait bien de remettre en ordre en rappelant certains principes. Il est également au niveau du ministère de la Justice qui ferait bien de contrôler les procureurs de la République en leur demandant des comptes chaque mois sur ce qui a été fait, combien de plaintes, comment elles ont été traitées. Mme Schiappa elle parle, elle amuse la galerie mais ce n’est pas du tout comme ça qu’on va résoudre le problème.

    Qu’est-ce que vous pensez des expérimentations, comme en Isère, d’éloignement du conjoint violent avec un suivi ?

    C’est moi qui ai lancé ça en 2003 à Douai. J’avais trois points précis qui étaient : suppression des mains courantes, on prenait des plaintes avec une tolérance zéro et on chassait du domicile conjugal l’auteur de violences que je plaçais dans un centre de manière à ce qu’il soit pris en main par des psychiatres et des psychologues, afin qu’on le fasse réfléchir sur les causes de la violence. Et aujourd’hui on a l’air de nous sortir ça. J’ai fait ça en 2003 et ça fonctionnait parfaitement. D’ailleurs la chancellerie a repris ce dispositif dans le guide des bonnes conduites.

    Les procureurs et les magistrats n’ont d’une façon générale pas pris en compte l’importance de ces violences faites aux femmes. On a la solution. J’ai fait baisser la récidive à 6% en 2003. Au lieu de toujours souhaiter que l’on crée des centres d’accueil pour les femmes, les associations feraient bien aujourd’hui de se mobiliser pour des centres d’accueil pour les hommes. Si on ne traite pas les causes des violences, on en sera toujours pareil la semaine prochaine. On ne tire pas les leçons de ce qui se passe.

    Je trouve les propos de cet homme intéressants.
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    Je me dis qu’il serait bien qu’ils soient entendus “où il faut”.



  • Arghhh
    La citation se termine à :
    On ne tire pas les leçons de ce qui se passe.



  • “Fête des assos” “Grenelle” " Table ronde" -> tout le vocabulaire d’une bonne farce com’ pour un échec dans les faits.
    Dans les faits je parle de ce dont j’ai été témoin dans la zone sinistrée où j’étais: une femme tabassée plusieurs fois par son mec : hosto, légiste, puis remise à la rue (foyer de femme et de femme immigrées plein, pas de logement sociaux/d’urgence). Au final sa seule solution a été d’entrer en clinique psy pendant un mois, puis re à la rue (et je ne nie pas le travail des AS, Gendarmerie et tout, mais tout prend beaucoup de temps à cause du manque de moyen).

    Une autre fois quand j’avais appelé les 17 car un mec tabassait sa femme, au bout de 45mn je rappelle (oui mais on est un jour férié ils arrivent dans 1-2h o est en sous effectif) et on m’a demandait si la femme “demandait à l’aide” si on dit non, ils ne viennent pas. Il faut savoir aussi que les femmes ne se séparent pas de leur vonjoint violent car c’est le moment où elles sont le plus en risque de mort. Comment résoudre cela? C’est pas une table ronde et une fête et une farandole et des déclarations indignées de Schiappa qui vont aider. Il faut des structures d’accuell, mais aussi des prisons (elles sont où les nouvelles prisons promises par Macron?) breeeeeef, on est pas sorti du sable!



  • @Jackasse aussi il manque une éducation des femmes et hommes. Ne pas trouver ça normal déjà, ne pas culpabiliser, oser parler, à sa famille, à ses amis. Oser partir aussi.



  • Oui c’est à la victime de trouver ses solutions pour se protéger…
    Hallucinant 😕



  • Eduquer ses gosses aussi, on apprend à son garçon qu’on ne frappe pas un homme, une femme, un animal. Qu’on ne hurle pas, et que l’être aimé n’est pas sa chose.



  • @Printemps Oui mais souvent elle est très isolée et sans ressources car l’autre a tout prévu. Dans le cas de ma pote il lui avait pris tout ses papiers et sa CB…



  • @Jackasse a dit dans Grenelle des violences conjugales :

    @Printemps Oui mais souvent elle est très isolée et sans ressources car l’autre a tout prévu. Dans le cas de ma pote il lui avait pris tout ses papiers et sa CB…

    Ma mère ça lui est arrivé ça, ben c’est les flics qui ont été chercher ses papiers (et le reste de ses affaires) pour le coup. Après c’était dans les années 90, j’avais 5ans et on a fait mission impossible pour le fuir, en gros elle a attendu qu’il parte bosser, nous on était à l’école maternelle, et elle est venue nous chercher à 11h, et elle a pris la route jusqu’à un point de chute loin de là, dans la famille. Et une fois à 500km, elle a été voir les flics qui se sont bien charger d’aller tout récupérer sur place.



  • @Maléfique

    Oui.
    J’ajoute qu’il faut aussi éduquer les petites filles à ne pas faire plaisir à l’autre. Que contrarier l’autre c’est normal, et que, aimer ça signifie pas faire pour l’autre, lui faire plaisir. Que être gentille s’arrête à la politesse et au respect de l’autre s’il est respectable.
    .
    Bref qu’il y a des limites.
    .
    Et qu’on pollue pas les autres avec ses états d’ame et/ou ses sautes d’humeur.
    .
    C’est pareil avec les p’tits gars hein, Mais c’était pour “équilibrer” 🙂
    .



  • @Maléfique Bah là c’était encore un autre truc car les flics voulaient bien l’aider à récup les affaires, sauf que le mec était en détention provisoire et que son cousin avait la clé bref elle a récupéré une partie mais pas tout (notamment un ptit chat), c’est hyper horrible n’empêche :lecid:



  • La violence conjugale est un sujet qui me touche beaucoup et où les victimes ne sont pas comprises. On parle des violences faites aux femmes, y’a aussi celles faites aux hommes. Dans tous les cas, ça doit être fermement condamné et je pense aussi que les professionnels (forces de l’ordre etc.) doivent être formés à cela car il arrive souvent que les victimes ne sont pas prises aux sérieux.

    Peut être que je me trompe mais j’ai l’impression qu’aux Etats-Unis, ils ne rigolent pas avec ça.



  • Si c’est aussi efficace que le grenelle de l’environnement ça promet.


  • Admin

    @Printemps a dit dans Grenelle des violences conjugales :

    Oui c’est à la victime de trouver ses solutions pour se protéger…
    Hallucinant 😕

    Je ne trouve pas ça hallucinant au contraire. Quand on est victime d’agressions ou de violences il y a un moment où il faut se protéger et agir et ne pas attendre que ça passe ou que quelqu’un vienne à son secours.



  • Bah alors, pourquoi la victime d’agression ou de violence ne se protège pas, n’agit pas et “attend que ça passe” ?


  • Admin

    @Brume a dit dans Grenelle des violences conjugales :

    Bah alors, pourquoi la victime d’agression ou de violence ne se protège pas, n’agit pas et “attend que ça passe” ?

    Excellente question. Pourquoi continuer à subir plutôt que fuir, en parler ou chercher de l’aide ?



  • Parce-qu’il faut comprendre comment le système de la violence conjugale fonctionne.


  • Admin

    @Brume ça ne répond pas à ma question.



  • La violence conjugale se manifeste très souvent par cycles d’escalade de tension : agressions psychologiques, verbales puis physiques :

    La femme tente désespérément de contrôler de la situation en la minimisant, en la niant, voire en s’attribuant la cause de la violence de son partenaire qui ne manque pas de lui reprocher son attitude soi-disant insupportable pour se justifier.

    Les violences, de plus en plus sévères s’inscrivent dans une escalade qui commence par exemple par une série de paroles de disqualification, des attaques verbales ou non verbales qui se transforment en harcèlement moral [LHT], lequel embrouille la victime, la met sous emprise psychologique, diminue sa résistance et l’empêche d’agir.
    Le passage à l’acte violent, est un des moyens de terroriser la victime pour asseoir une totale domination sur l’autre, devenu un simple objet.

    Après chaque crise, s’installe une période de rémission. Le conjoint a tendance à regretter ce qu’il a fait et à vouloir se faire pardonner tout en faisant porter la responsabilité de ses actes sur son partenaire qui se prend à espérer : c’est la fameuse période de “lune de miel” jusqu’à la prochaine escalade de violences.

    Au fur et à mesure qu’augmentent la fréquence et la sévérité de la violence, notamment psychologique, les femmes perdent confiance en elles. Elles sont déstabilisées, angoissée, isolées confuses et deviennent de moins en moins capables de prendre une décision. En même temps, il se crée un phénomène de soumission au partenaire qui s’explique par des mécanismes neurobiologiques et psychologiques mettant en jeu l’évitement de la souffrance et la recherche d’un apaisement.

    La mise sous emprise se fait au niveau cognitif par des distorsions du langage et de la communication qui placent les femmes dans la confusion et les empêchent de comprendre qu’elles subissent une atteinte à leur intégrité. L’emprise peut aussi amener chez ces femmes des états de conscience modifiée, une sorte d’état hypnotique imposé ou dissociation [LHT].

    Les troubles psychologiques sont importants.

    Les états dépressifs, très fréquents comportent un risque de passage à l’acte suicidaire.

    Plus qu’un Etat de stress post-traumatique [LHT], les victime présentent plus souvent des troubles de la personnalité dite « Traumatique complexe » LHT] qui se manifestent par :
    La confusion.
    La peur.
    Des sentiments de honte, de culpabilité, d’impuissance.
    Un effondrement de l’estime de soi et des troubles affectant gravement leur identité personnelle, sexuelle, familiale et sociale.
    De troubles anxieux divers.
    De conduites additives (alcoolisation).
    De troubles psychosomatiques divers.

    Les causes d’un certain nombre de situations de violences familiales s’inscrivent dans la répétition littérale de comportements appris dans l’enfance, lesquels sont confortés par les stéréotypes sexistes.



  • D’autant plus que la violence conjugale n’est pas que physique, psychologique. Elle peut être aussi économique (salaire ou obligée de quitter leur travail par exemple) et liée au logement. Et comme la victime est bien souvent isolée socialement notamment à cause de la personne violente en plus d’avoir aucune estime d’elle-même car détruite, humiliée, rabaissée, insultée, agressée pour un rien… difficile pour les victimes de faire quelque chose car elles sont sous emprise psychologique, économique, sociale etc.


  • Admin

    @Brume voilà déjà une réponse plus intéressante

    Les causes d’un certain nombre de situations de violences familiales s’inscrivent dans la répétition littérale de comportements appris dans l’enfance, lesquels sont confortés par les stéréotypes sexistes.

    Et parmi ces comportements appris depuis l’enfance il y a ceux qui consistent à rester passif en espérant que la situation s’arrête d’elle-même, en le gardant pour soi, en ne disant rien, en minimisant les faits, en subissant, à ne pas vouloir aller chercher de l’aide, à ne pas vouloir partir.
    Alors que l’on éduquerait les gens, et plus particulièrement les femmes puisque ce type de situation les concerne majoritairement, à ne pas rester murer dans leur silence et à agir, on pourrait espérer que beaucoup d’entre elles réagiraient de façon plus adéquat. Je pense qu’il faut vraiment que les victimes soient les premières à vouloir trouver une solution, sinon la situation ne risque pas de changer.


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